La Review de la semaine [4]

The Affair. -©Showtime
The Affair. -©Showtime

The Good Wife 6×04

La saison 6 s’annonce dense, très dense… Comment composer entre la veine politique et la veine « purement » légale ? Pour le moment, la série tient le choc, mais difficile d’imaginer un tournant qui l’exposerait à sacrifier le légal, espérons que l’équilibre sera toujours de mise ! En conséquence, dans cet épisode, il faut passer par un cadre minimaliste pour contenir tout le programme de la suite, en l’occurrence par un huis-clos d’une vingtaine de minutes dans la salle à manger avec Alicia, Eli et wooh-new-character-whats-his-name. Le rythme est là, Alicia s’impose, quelques micro-twists font effet et la série reprend des artifices qui ont déjà fait leurs preuves. Notons également la reprise de la blague méta, dont on ne sait si elle se moque de Low Winter Sun, True Detective ou Hannibal, ou les trois à la fois, mais peu importe tant qu’on nous rappelle qu’Alicia est quand même un petit peu comme nous, qu’elle regarde des séries et déteste les spoilers.

The Leftovers 1×05

Un épisode violent, intense, et éprouvant. Cette première scène, que dire… Tout est brut, comme le silence des guilty remnants et comme le coup de sifflet devant le « sauveur », il était temps de s’intéresser à eux autrement que de loin. Alors que jusque là, la série était surtout faite de pas-grand-choses, ici, elle semble plutôt promettre une explosion imminente de la communauté, maintenue tant bien que mal dans ses apparences habituelles et rappelée à son traumatisme par les guilty remnants… Maintenant, on va patienter le temps de digérer cet épisode avant de lancer le prochain.

The Affair 1×01

Le cast de The Affair, rien que ça. Mais pas que. Et pourtant, sur le papier, c’était pas forcément bien parti : encore une vieille histoire d’adultère sur fond de « crise de la quarantaine », vu et revu, rarement bien inspiré, on a déjà donné, merci ! Mais finalement, le parti pris judicieux d’un double récit selon les deux points de vue des intéressé permet un recul qui nous place presque dans la position du policier qui interroge le couple. Naturellement, les deux histoires se rejoignent par moments, mais s’éloignent aussi, voire se contredisent par moments, ce qui évite l’ennui que peut générer ce type de structure narrative. Les enjeux de ces variations sont par ailleurs de plusieurs ordres : mémoire, arrangements involontaires, arrangements parfaitement volontaires, autrement dit mensonges… Le contexte de l’interrogatoire multiplie les possibilités et oblige à faire le tri, réfléchir, revenir en arrière et s’interroger soi-même. Sans compter que ce recul tend à insuffler de l’ironie critique dans l’histoire même, au moment où elle est racontée, dans la mesure par exemple où Noah force le trait pour se justifier et invente une figure de tentatrice… Maintenant, il semble que beaucoup, beaucoup de temps ait passé entre les deux lignes temporelles et pour être honnête, c’est presque trop et ça pourrait décourager, d’autant que la série se fait avare en révélations.

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La Review de la semaine [3]

leftovers
The Leftovers. -©HBO

The Good Wife 6×03

Un nouvel épisode très réussi, qui fait preuve comme toujours de beaucoup d’inventivité. Le simulacre de tribunal dans l’église est amusant et intéressant, la série, certes piquante, ne fait pas non plus dans le lourd et trouve là l’opportunité de nous offrir une jolie scène entre mère et fille autour de la question religieuse. Pour ce qui est de la candidature d’Alicia, les craintes sont balayés semaine après semaine, la série ne s’embourbe pas et prend au contraire le temps de nous faire adhérer, comme Alicia, à cette idée-là jetée en fin de saison dernière comme une facilité saugrenue.

The Leftovers 1×04

Moins réussi que le précédent, pas forcément très fin, mais encore ponctué de scènes réellement fortes. Curieux sentiment de vide pour ne rien dire par moments, quand l’épisode 3 était d’une densité folle, porté qui plus est par un Eccleston fabuleux. Il faut dire qu’on ne s’intéresse pas à tout le monde finalement, et dans cet épisode, c’est encore Laurie qui accapare toute notre attention.

Borgen 2×01 2×02

C’est un plaisir de retrouver Borgen ! Les deux premiers épisodes sont prometteurs d’une saison complexe, qui ose se confronter à l’actualité et construire avec un rythme enlevé ses intrigues sur les manigances politiques… C’est très convaincant et les enjeux personnels qui ressurgissent confirment qu’une série politique n’est pas forcément froide ou cynique jusqu’au bout des ongles, yay.

The Leftovers, saison 1, épisodes 2 et 3

The Leftovers. -©HBO
The Leftovers. -©HBO

Un deuxième épisode très en dessous de la qualité du pilot, rapidement oublié face à la réussite du suivant.

Le pari d’une série sans enjeu peut être déroutant, non seulement pour ceux qui regardent, mais aussi pour ceux qui l’écrivent manifestement : il faut tout de même arriver à saisir quelque chose pour que le presque-rien soit malgré tout intéressant, une émotion, une tension, que cet épisode n’arrive que très rarement à générer. L’intrigue des plus jeunes et de leur filature, en premier lieu, est une longue plage de vide menée par des personnalités encore stéréotypées ; celle du protagoniste est tout au plus intrigante mais verse dans le ridicule, voire la caricature (après deux épisodes, sacré challenge), avec l’épiphanie du grille-pain.

Dès lors, on se tourne avec plus de curiosité vers Laurie, Meg et Tom, et ce sont eux qui donneront lieu aux plus fortes de scènes de l’épisode. Maintenant, si le moment de crise du fils est efficace, cette intrigue aura quand même ouvert l’épisode avec violence, et d’une façon qui jurait avec le reste, a fortiori quand on n’a fait qu’approcher de loin cette sorte de secte et son gourou. Quant à Meg, là aussi, c’est finalement quand les mots les plus simples sortent que le personnage devient attachant et son histoire « vraie ».

Heureusement, le troisième vient relever le niveau, notamment grâce à la performance d’Eccleston. Le talent de l’acteur n’est plus à prouver, mais il est encore si impressionnant ici qu’on ne peut que saluer le choix d’un épisode qui lui est entièrement consacré. Naturellement, c’est aussi et surtout pour ce que son personnage représente que cet épisode était fort, l’homme religieux face à la disparition inexplicable ; mais l’épisode montre bien plutôt de quelle manière la foi est écrasée par les événements, voire effacée dans les dernières minutes, et a donc le bon sens de ne pas en faire une réponse ou une leçon.

Le personnage en lui-même est nuancé, loin du stéréotype qu’on pouvait craindre, et l’épreuve qu’il traverse – qui ressemble à la trajectoire d’un homme de foi (abandonné ?) dans un monde insensé, vers peut-être sa propre perte – travaille avec une force bouleversante la tension de l’épisode jusqu’à ce final de dix minutes monstrueux. On joue encore de « signes », mais à partir du moment où ils ont un sens dramatique – pour ce qu’ils disent du personnage et de son regard sur le monde – et non purement métaphorique, c’est nettement plus intéressant et pertinent (à condition quand même de ne pas trop en abuser par la suite). Dans tous les cas, les émotions sont au rendez-vous !

Bref, deux épisodes contrastés, mais le troisième est quoi qu’il en soit réussi.

 

The Leftovers, saison 1, épisode 1 (pilot)

 

The Leftovers. -©HBO
The Leftovers. -©HBO

Un beau premier épisode pour The Leftovers.

Le pilot, qui dure plus d’une heure, prend le temps de soigner son atmosphère, aussi bien par son rythme lent, ses flashbacks rapides intégrés comme de simples instantanés, que sa bande-originale : le résultat est immersif, nous évitant de questionner la crédibilité de son intrigue, et par ailleurs très beau, Peter Berg assurant à la réalisation. Quoi qu’il en soit, cet épisode donne le ton et aide à voir, sans didactisme, la direction et le point de vue que la série devrait emprunter. Quand elle aurait pu être une série à mystère, The Leftovers ressemble bien plus à une fiction dramatique sur le deuil, qui à la fois rend compte de l’importance de la disparition, en multipliant les images télévisées, en faisant progresser la narration vers le memorial day, et ne donne en même temps aucune piste de réflexion pour comprendre/avoir envie de résoudre ce mystère. On peut se demander si ce parti pris va durer, ou s’il peut tenir sur la durée, mais il est en soi intéressant et audacieux, dans la mesure où il s’agit aussi de faire sentir le vide laissé par les disparus tout en obligeant ses personnages à continuer de vivre. La première et la dernière scène du pilot confrontent, très simplement, dans une démarche finalement fantastique, un événement étrange/impossible et le regard impuissant de ceux qui y assistent ; c’est très fort et la série n’est pas loin, déjà, de nous placer nous aussi dans cette position là.

D’un autre côté, si l’intrigue (adaptée) a son originalité, les thèmes revisités restent traditionnels : famille américaine classique (blanche, deux enfants) éclatée et père flic comme héros, on n’est pas dépaysé et on espère évidemment que l’authenticité des émotions favorisera notre implication auprès des protagonistes. Puisqu’on en reste au niveau des individus, il faudra naturellement que l’écriture des personnages soit digne des enjeux personnels, difficile de juger la série sur ce plan après ce premier épisode.

Bref, un pilot beau et étonnant, prometteur.