Rectify, saison 2, épisode 1

Rectify. -©Sundance
Rectify. -©Sundance

Une belle rentrée pour Rectify !

L’une des meilleures nouveautés de l’année dernière revient en forme avec ce premier épisode à la fois beau et fort. L’expérience qu’on vit devant Rectify est assez curieuse, comme si la série prenait le temps pour faire son effet, et quand elle y arrive, on est bouleversé, touché très intimement, sans voir exactement ce qui aura provoqué cette émotion. À ce titre, on penserait à cette simple scène dans laquelle le hurlement de Daniel est assourdi : la série a quelque chose de cette lutte permanente sous la surface des choses, calme, lumineuse, dont on ne sait trop si elle dit l’envie de se battre pour survivre ou pour mourir. Et ce premier épisode revient, de manière attendue, sur cette position de Daniel, à travers des scènes rêvées qui tracent peu à peu la trajectoire d’une sortie, vers cette sublime scène finale qui consacre, malgré tout, sa liberté – quelle réplique forte « this is your world » !.

Le travail de l’atmosphère, par celui du rythme lent, des lumières et des couleurs douces (la chambre d’hôpital !), est toujours aussi soigné, au point que la série semble faire de chacun de ces éléments une force narrative propre : les scènes avec deux personnages plus ou moins en conflit, évidemment réussies aussi grâce à l’interprétation des acteurs, expriment parfois si bien la tension qu’on a l’impression que l’air se charge de poids, d’électricité, sans aller jusqu’à explosion, mais juste assez pour nous impliquer dans une scène avec des dialogues minimalistes (quand Tawney demande à Teddy de la prendre dans ses bras, ou encore quand Amantha surprend Teddy dans la chambre d’hôpital : ce sont des scènes intenses en très peu de choses).

En plus de ces scènes fortes, la série revient en marge sur les coupables de l’agression et l’enquête, introduisant donc d’autres éléments d’intrigue qui, espérons-le, hériteront d’un développement aussi nuancé et intéressant que celui des Holden. Rectify restreint également son univers à ses quelques protagonistes, nous faisant revenir dans les lieux habituels et y ajoutant comme point de rencontre principal la chambre d’hôpital, et se contente de quelques aperçus de journaux télévisés pour rendre compte des autres réactions, un parti pris efficace et cohérent pour s’en tenir à l’émotion et éviter tout jugement, sans prendre le risque de la rivalité entre les deux qui nuirait précisément à notre investissement auprès de chacun.

Bref, un premier épisode puissant, digne de la qualité de la saison 1.

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Rectify, saison 1, épisode 6 (season finale)

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Un season finale bouleversant.

Cet épisode fait preuve d’une pudeur et d’une émotion absolument renversantes. Alors qu’on s’approche de plus près de la question de la culpabilité ou non de Daniel, on ne donne aucune réponse, on laisse finalement le choix, comme à chacune de ses connaissances qui décide de croire ou de ne pas croire à son innocence. Les dialogues sont systématiquement ambigus, semblent aussi abstraits que justes par moments, d’où les larmes d’Amantha (et les nôtres, il faudrait être sans cœur) ; ils font moins d’effet en revanche quand il s’agit d’échanges avec d’autres personnages, le libraire par exemple.

La réussite tient surtout dans ce portrait d’une famille, au-delà même de celui du protagoniste : chacune des relations aura eu son petit moment à soi, en disant un peu plus sur les deux personnages concernés, la mère, le frère, la sœur, la belle-famille… Sans jamais tomber dans le manichéisme pour autant, on a de la sympathie, tout du moins on « comprend » chacun d’eux, de la mère perdue au frère de la victime qui vient battre Daniel, en passant par le beau-frère. Cette présence qui émane de chaque personnage, même des prisonniers condamnés à mort, participe de cette atmosphère générale dans laquelle l’émotion nous prend au dépourvu à plusieurs reprises ; la tristesse est ici récurrente (mort, départ de Daniel, violence), soutenue par ce thème musical quasiment constant et par cette réalisation qui alterne intimité et retrait, dans un décor toujours aussi beau (les espaces naturels revenant sans cesse comme lieux de détente, de liberté).

On revient enfin sur l’enquête sans faire bien avancer les choses, on y croit davantage et on attend maintenant de voir ce qu’on en fera en saison 2.

Bref, un épisode superbe pour conclure cette première saison de Rectify, définitivement une des plus belles nouveautés de la saison.

Rectify, saison 1, épisode 5

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Un bel épisode, qui oscille entre abstraction et violence.

Les dix premières minutes sont déstabilisantes, la série n’a jamais été aussi abstraite : dialogues obscurs, rencontre et situations inexpliquées, symboles étranges… On pourrait vite se détacher s’il n’y avait cette atmosphère calme et cette beauté visuelle pour assurer l’harmonie. La suite de l’épisode y revient par ailleurs lorsqu’elle relance la question de la mort, d’une façon très juste, allant d’une dispute qui laisse à voir les révélations du personnage jusque là bien mutique auprès de sa famille, à un baptême qui marque comme la renaissance par l’acceptation de sa nouvelle liberté, de la réalité de cette existence, etc.

Cela donne lieu à des scènes puissantes aussi visuellement que symboliquement, tout en évitant de dire purement et simplement ce qu’il en est de sa culpabilité ou de son innocence avec cette conclusion surprenante. En se focalisant sur Daniel, on laisse toutefois de côté les enjeux qui continuent de peser sur lui, et c’est peut-être dommage puisque d’autres fois, on a davantage insisté sur ces aspects, d’où le manque quand on les occulte complètement.

Bref, un épisode avec quelques scènes fortes.

Rectify, saison 1, épisode 4

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Un quatrième épisode toujours aussi réussi pour Rectify.

La série propose encore une déclinaison de petits moments de vie, toujours troublés par les non-dits autour du séjour en prison de Daniel : on a ainsi d’une part des séquences simples, un épisode d’une épure narrative même extraordinaire (Daniel et sa mère font les courses, Daniel et Tawney parlent spiritualité), d’autre part des signes de la violence souterraine qui réapparaît par les autres ou par les flashbacks. C’est bien fait, tout se mêle avec harmonie et équilibre (les flashbacks sont peu nombreux et toujours lourds de sens), les lignes sont à la fois claires (les livres, la spiritualité, le désir) et écrites avec l’authenticité et la douceur habituelles de Rectify.

À ce stade, les interactions des personnages sont vraiment intéressantes, chacune d’elle permettant d’ouvrir sur une nouvelle facette du personnage principal. On laisse cette fois Amantha de côté pour privilégier Tawney, et  avec elle la part spirituelle de l’intrigue, non détachée de l’aspect « communauté » de la petite ville. Difficile de savoir ce que pensent les autres qui s’attardent par ailleurs plus sur Daniel (à l’église, dans la rue), la série prend soin de ne pas « dire » et préfère l’ambiguïté, générant encore cette petite angoisse quand le protagoniste se retrouve seul. La conclusion est quant à elle touchante et presque amusante, inattendue au moins. Il était bon aussi de faire revenir la mère, qui reste la plus discrète et la plus mutique, ce qui donne à voir cette fois une relation dans laquelle Daniel n’est pas celui qui est protégé mais celui qui protège, l’émotion est alors bien présente, pleine de tension dans la scène de la voiture.

Bref, encore un bel épisode, qui en dit un peu plus, un peu autrement, sur son personnage.

Rectify, saison 1, épisode 3

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Un bel épisode de Rectify.

La série brosse un portrait tout en finesse de son protagoniste, aussi juste que touchant. Ici, on l’observe avec pudeur revivre sa jeunesse : l’écriture très subtile fait ainsi voir, sans dialogues, d’une sorte de réapprentissage à vivre, de la redécouverte des sensations les plus simples à la libération enjouée d’un jeune homme, réinterprétant ainsi l’évolution du « bébé » à l’adolescent qu’il était quand il s’est fait arrêter. L’interprétation est très réussie, alternant des moments d’émotion et des moments de plaisir avec fluidité et authenticité, tandis que les mouvements de caméra donnent à la mise en scène une pudeur très touchante à ces scènes. La relation à son frère est enfin plus travaillée et s’avère elle aussi très touchante.

Outre cette partie consacrée à Daniel seul, on continue de relancer les menaces qui se font de plus en plus pressantes, en laissant un peu de place à la famille de la victime. On voit alors chacun des personnages tenter de s’écarter de cette communauté, ce qui donne lieu à des scènes d’apaisement et confère à la série son atmosphère très douce. Le dialogue avec l’ancien avocat permet quant à lui de varier davantage les positions des « autres », jusque là représentée seulement par le sénateur qui hérite encore d’une écriture sans nuance. Autrement, toujours aucune nouvelle du suicidé ?

Bref, un épisode beau et touchant, qui nous fait entrer dans l’émotion des personnages et de la série tout en attisant, peu à peu, la tension dramatique d’arrière-plan.

Rectify, saison 1, épisode 2

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Un deuxième épisode qui confirme les qualités de la série.

Cet épisode, plus bavard que le précédent, revient cette fois via son personnage sur son expérience en prison. Cela donne deux scènes étonnantes et très réussies, dans lesquelles Daniel, le protagoniste, partage ses mauvais souvenirs : l’une d’elle en particulier, comme sorte de tirade inattendue à son beau-frère, est vraiment saisissante. L’idée qu’il parle d’ailleurs plus facilement avec les membres de sa famille qu’il connaît le moins est bien vue, permettant alors de creuser les interactions des personnages sous des angles nouveaux.

Les dialogues sont d’une manière générale bien écrits, souvent ambigus chez Daniel par exemple, également pleins de non-dits entre Ted jr et Tawney, où une pression étrange s’installe dans la scène du « bain ». Tout cela annonce la qualité du drama en matière d’écriture des relations familiales, dans cette situation particulière et dans une ville où la limite entre privé et public est bien poreuse. On pourra reprocher à cet épisode de ne pas revenir sur la mort du précédent, sur l’enquête, et de caricaturer le personnage du Sénateur, dont on attend un développement plus fin et moins pris dans le manichéisme.

Bref, encore très intéressant et attachant, pour une série qui traite son sujet avec finesse et pudeur.

Rectify, saison 1, épisode 1

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Un pilot enthousiasmant pour Rectify.

La série tient un sujet aussi intéressant qu’exigeant auquel elle se confronte avec beaucoup de justesse. Rien de grandiloquent ou sensationnel dans ce pilot, juste une entrée calme, lente et touchante dans la famille de l’ancien condamné. Le contexte et les personnages sont ainsi présentés avec fluidité, dans une série de petits moments de vie écrits avec authenticité : de l’émotion forte des retrouvailles à l’embarras de quelques scènes banales, tout y est pour nous fait croire à cette histoire.

Ce pilot reste un joli moment suspendu qui se contente d’évoquer, d’amorcer les menaces qui pèsent de loin sur le personnage, qui risque de devenir la cible de la petite ville alors qu’il est déjà celle des forces de l’ordre. L’enquête à côté est enfin un plus qui devrait ajouter au drama la part de suspense nécessaire, sans faire tache, puisqu’elle est déjà traitée avec la même humanité que le reste (à voir la fin de l’épisode).

Bref, un premier épisode dans lequel on entre facilement et qui promet une belle série. À confirmer sur la longueur.