Orange Is The New Black, saison 2

Orange is the new black. -©NETFLIX
Orange is the new black. -©NETFLIX

Après une première saison réussie, Orange is The New Black, créée par Jenji Kohan, nous revient très en forme cet été ! C’est toujours avec le même plaisir qu’on regarde les 13 épisodes de la saison 2, entre humour décapant et émotions brutes, la série maintient sa qualité avec une constance à toute épreuve, à peine égratignée par les quelques défauts qu’on avait déjà observés dans la saison précédente.

— SPOILERS —

« This place is getting to me »

La saison 1 avait concentré sa trame principale sur Piper et fait de son évolution au sein de la prison l’enjeu principal : nous laissions donc la protagoniste en plein accès de violence face à Pennsatucky, après avoir suivi cette trajectoire paradoxale et finalement réaliste de Piper vers le crime et la violence. C’est encore avec Piper qu’on revient à la série, dans un premier épisode audacieux qui prend le parti de la confusion de nos repères et des siens : il faut une vingtaine de minutes pour qu’on sache où elle se trouve et pourquoi elle s’y trouve. C’est alors l’occasion de situer Piper face à ses actions, de dire ses regrets, mais aussi de bien rendre compte de son changement. Les flashbacks la concernant mettent en scène ici et là des scènes d’enfance, qui semblent brosser le portrait d’une jeune fille obéissante, sage, celle que son père et ses proches choisissent encore de voir, plutôt que celle qu’elle est devenue.

En fait, ce que nous disait déjà la saison 1 est encore démontré dans cette saison ; la prison ne « résout » pas le crime, mais est un espace criminel par excellence. Dans le finale, ce dialogue génial entre Soso et Piper rend compte des deux positions, entre celle qui a déjà changé et celle qui est en train de, Soso :

Soso : I don’t think I’m gonna be the same when I get out.
Piper : Maybe that’s okay.
Soso : It’s not fucking okay.
Piper : I know.

piper

On se souvient naturellement de Red qui, après sa tentative de meurtre, admet : « This place is getting to me ». Dans cet épisode 12, Orange is The New Black propose une sorte de huis-clos à l’intérieur du huis-clos suite à la montée des eaux dans la prison ; la séquence de l’attaque, ayant lieu à l’extérieur, fonctionne alors comme une rupture et c’est là que Red prend conscience de la démesure de la situation. Quand bien même le huis-clos aurait pu être plus exploité, c’est une idée aussi simple que brillante.

La série prend ainsi position vis-à-vis de son univers, et met en place une progression semblable à celle de la première saison, hormis qu’elle s’étend à plus de personnages en revisitant les rapports de force au sein des détenues. Il n’est plus seulement question d’obtenir du maquillage, des médicaments, de la nourriture, mais de se situer dans un système et si possible d’y tenir une position de pouvoir. Si cette trame dispose d’une vraie bonne évolution dramatique, marquée de temps forts, il est dommage qu’elle se restreigne au fur et à mesure à un dispositif Vee VS Red simple, quelquefois même manichéen.

Des personnages forts et des points de vue

On aime beaucoup des personnages d‘Orange Is The New Black, on ne les aime pas forcément sans conditions, mais on apprend, à chaque épisode, à connaître leur histoire, la comprendre, et peut-être, à les pardonner. Sans surprise, Piper reléguée à l’arrière-plan en devient supportable, et ses intrigues faisant le pont avec les affaires de corruption, on peut s’y intéresser suffisamment pour admettre l’intérêt de sa présence. C’est moins le cas pour Healy, par exemple, de ses problèmes conjugaux, de sa conviction à être quelqu’un de bien… que cherche-t-on à nous dire, et comment pourrait-on s’y intéresser ? Cette saison, c’est finalement Poussey qui trouve le développement le plus intéressant et touchant, au point de devenir l’un des personnages les plus attachants de la série.

De même, Rosa et Morello s’approfondissent, tout en restant à l’écart des gros enjeux de la saison. Cela fait partie de la réussite de la série, qui ne pas réduit ainsi ses intrigues uniquement à ceux qui en font la dynamique, et les étend au contraire jusqu’aux personnages de l’arrière-plan.

vee

Les personnages de la série ont une telle présence, une telle densité, histoire, qu’on est également déçu en contraste des nouveaux de la saison, notamment Soso et Vee. Soso, caricature dont on ne saura pas grand chose, nous ennuie presque autant qu’elle ennuie les autres personnages, et Vee, après une introduction intrigante, ne cesse de perdre en nuance pour devenir un villain dont il faut se débarrasser, tout ça nous menant jusqu’à cette libération triomphante en guise de conclusion. D’un côté, la narration est réellement soignée, alternant les points de vue pour mieux construire, pas à pas, et enrichir de nouveaux affluents cette intrigue principale, en opérant parfois par variation – le premier regard sur Vee est celui de Taystee, reconnaissante, puis d’autres se superposeront au fur et à mesure, comme celui de Suzanne, jusqu’à dégradation totale du premier POV et révélation des manipulations pures et simples de Vee. Mais d’un autre côté, le parti pris étonnant qui semble faire aller le personnage vers moins de nuance dirige peut-être un peu trop notre propre point de vue.

les mêmes qualités au rendez-vous et quelques nouveautés

Orange Is The New Black arrive à rendre son univers étranger parfaitement accessible, en filant les métaphores déjà vues en saison 1, mais en accumulant aussi les références. C’est un réel plaisir à suivre, les dialogues étant cette saison souvent très drôles, et l’équilibre entre le rire et les émotions est une nouvelle fois bien tenu : jamais l’un ne vient nuire à l’efficacité de l’autre, au contraire, ils semblent aller de pair et parfois se mêler complètement.

La corruption et l’état de la prison font partie des nouveaux éléments d’intrigue de la saison : les bouleversements attendus ont alors bien lieu et s’avèrent prometteurs pour la saison 3. La place des personnes âgées dans l’établissement est une autre réussite, tant ces personnages se font rapidement une place dans la dynamique générale et permettent en plus d’ouvrir sur quelques réflexions critiques quant à la gestion des prisons.

— FIN DES SPOILERS —

Bref, une saison 2 prenante, solide, qui reprend les mêmes ingrédients et les mêmes principes structurels avec réussite. D’une qualité régulière, elle n’est pas non plus sans défauts, tant parfois elle semble proposer plus qu’elle ne peut contenir et risque la frustration. Dans tous les cas, la série a toujours son charme et se regarde avec beaucoup de plaisir.

 

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Looking, saison 1, épisodes 4 et 5

Looking. - ©HBO
Looking. – ©HBO

Après un épisode 4 décevant, Looking surprend agréablement dans le suivant !

On a l’impression, devant l’épisode 4, que la série se cherche un peu dans ce qu’elle voudrait raconter de ses personnages : beaucoup de pas grand chose, et pas de positionnement sur ce pas grand chose, des tranches de vie qui conviennent au format mais peinent à intéresser. Ce sont en fait comme des micro-pas pour chacun, articulés autour de rencontres avec des personnages secondaires qu’on a après tout « envie de connaître », ce qui suffit à rendre l’ensemble au moins non soporifique mais pas pour autant passionnant.

Néanmoins, l’épisode 5 semble enfin « proposer » quelque chose, se rapprocher du protagoniste au train d’une journée, trouver ainsi un rythme agréable, relâché, et des dialogues encore authentiques. De plus, l’autre personnage permet de confronter un peu Patrick et du même coup de le rendre certainement plus supportable, tout en ouvrant sur des petites « dérives narratives » (la voyante) qui donne à la série un peu du charme qui lui manquait jusque là.

Bref, deux épisodes qui n’ont pas grand chose à voir en vérité et laissent perplexes sur ce qu’on regarde ; Looking arrive toutefois à surprendre (enfin) dans son cinquième épisode et à se regarder avec plaisir.

Transparent, saison 1, épisode 1 (pilot)

Transparent. - ©Amazon
Transparent. – ©Amazon

Un excellent pilot pour Transparent !

Créée par Jill Solloway pour Amazon, Transparent est une sorte de dramedie étonnante dont le charme, durant le pilot, agit progressivement jusqu’à totalement emporter l’adhésion. On ne s’y attend pas forcément dans les premières minutes, en entrant dans la vie de cette famille, frères et sœurs et le père réunis à l’occasion d’une invitation de ce dernier. Un vrai sentiment de naturel se dégage, grâce aux dialogues et à l’interprétation, à la réalisation très sobre et la bande-originale discrète, et présente avec justesse.

Sous ses dehors de drame familial simple, Transparent saisit à plusieurs reprises, jouant de son propos avec subtilité dans des superbes répliques pleines de force au milieu de légers badinages familiaux, en alternant ainsi entre ces non-dits et ces moments de sincérité dont on comprend qu’ils comptent pour les personnages. L’attachement est ainsi presque immédiat, du moins l’envie de suivre plus longtemps les personnages, a fortiori quand il est aussi fait jeu d’un certain suspense dramatique efficace ; on se sent comme accueilli parmi eux également grâce à cette ambiance calme et son rythme sans à coup. Il va enfin de soi qu’il est bon de proposer un tel enjeu pour le personnage de J. Tambor tant ces personnages sont sous-représentés dans la fiction.

Bref, un pilot déjà touchant, franchement enthousiasmant, coup de coeur immédiat ! Plus qu’à espérer que les votes soient positifs pour obtenir une suite !

Last Tango In Halifax, saison 1

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Last Tango In Halifax, série britannique créée par Sally Wainwright, raconte les retrouvailles de deux septuagénaires veufs, Alan et Célia, via facebook après 60 ans sans s’être vus. Romance, drama familial, comédie, Last Tango est un peu tout à la fois, si bien que chaque épisode est un plaisir à suivre.

La première saison, de 6 épisodes d’environ une heure, prend ainsi le temps de brosser le portrait des différents personnages et de montrer l’évolution de leurs relations, sans précipitation, sur un modèle classique de rencontre entre deux familles à première vue différentes. Le point de départ donne lieu à des scènes de franche comédie efficaces, dans un pilot aussi drôle que touchant, qui précède les micro-répercussions dramatiques sur les divers membres de la famille. Les retrouvailles sont en effet l’origine de bouleversements en série, révélations, conflits, pour la galerie de personnages secondaires, qui assurent ainsi la dynamique narrative de la saison.

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Et puis ce décor !

 Peu à peu, les secrets sont mis au jour, malgré le personnage, ou d’une tout autre façon que celle qu’il avait lui-même prévue. C’est aussi le charme de la série qui ne manque pas d’inspiration pour jouer de surprises en surprises et insuffler un peu de tension dans sa narration et son rythme plus lent : course-poursuite en voiture, égarements en campagne,… C’est toujours l’occasion de provoquer des situations telles que les personnages sont plus à-mêmes de se confier, sans en abuser non plus et en maintenant dès lors un ton authentique qui favorise autant l’humour que l’émotion. La série suscite d’ailleurs parfois joie et tristesse simultanément, les retrouvailles heureuses d’Alan et Célia ne vont par exemple pas sans le regret, à peine déguisé, qu’elles aient été si longtemps retardées. Ce secret qui aura été le plus longuement gardé aura déterminé deux vies entières, et c’est là qu’on saisit bien, comme les autres membres de la famille, les enjeux pour une vie de certains faits, certaines décisions du moment, et du même coup l’importance au fond des petites histoires qu’elle nous raconte.

Impossible de ne pas s’attacher à ces personnages, tant ils nous sont montrés tels quels, positifs et bourrés de faiblesses en même temps, tous également attachés les uns aux autres, et particulièrement à Alan et Célia, le couple dénominateur commun qui dans son amour semble réunir, parfois difficilement, les deux familles. L »interprétation est en plus remarquable pour chacun des personnages, au point de les enlever parfois à des éléments d’intrigue déjà vus, pour leur rendre leur intime singularité.

Bref, on s’attache vite à Last Tango In Halifax. Histoire touchante qui serre ces enjeux personnels de près, ensembles, l’un après l’autre, en empruntant quelquefois des chemins inattendus, elle s’avère très agréable à regarder et bénéficie d’un casting parfait. Subtile en se donnant l’apparence la plus simple et authentique qui soit, elle échappe finalement aux écueils que son intrigue convoquait de loin, pour toujours au contraire privilégier ses personnages, leurs faiblesses, leurs forces, leurs histoires et leur présent.

Please like me, saison 1

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Série australienne présentée au festival Series Mania, Please Like Me, de Josh Thomas, s’impose en quelques épisodes (6 de 25 minutes) comme une dramédie très attachante.

La série donne l’impression d’en faire finalement peu, comme une tranche de vie à un moment clé, qui se découvre comme tel au fur et à mesure des six épisodes. C’est avec pudeur et tendresse qu’elle revient ainsi sur la tentative de suicide de la mère de Josh et le coming out sans événement de ce dernier. On apprécie le ton décomplexé, la dérision, qui évitent systématiquement de tomber dans des lieux communs ou la surcharge de pathétique, au profit d’un naturel plein de charme assuré à la fois par les dialogues et l’interprétation.

Peu à peu, on se sent près des personnages, en seulement six épisodes de moins de trente minutes, on vit avec eux les difficultés du quotidien (relation amoureuse à tout âge, les rendez-vous, les relations avec les parents/enfants…). La beauté discrète de la série est de laisser se jouer, dans tous ces petits moments simples, des grandes questions de vie. L’émotion accompagne ainsi toujours le rire, et réciproquement, l’un et l’autre surviennent parfois de la façon la plus inattendue qui soit.

Bref, une saison qui se dévore avec beaucoup de plaisir.