Braindead, saison 1 : « that’s insane ! »

Braindead.- ©CBS
Braindead.- ©CBS

Laurel Healy fait son entrée dans le monde politique à Washington en intégrant le cabinet de son frère, un sénateur américain. Elle découvre qu’une bonne partie des politiques n’a plus qu’une moitié de cerveau, depuis l’arrivée d’insectes amateurs de chair fraîche en passe de prendre le contrôle du gouvernement, voire du pays… Aidée de Rochelle et Gustav, elle tentera d’empêcher l’invasion.


Braindead est la nouvelle création de Robert et Michelle King, connus pour The Good Wife, une série judiciaire de grande qualité. Diffusée par CBS, Braindead évoque certainement le style des King mais n’aura pas eu le succès escompté à la télévision américaine. Dommage ! Car la première saison de Braindead est originale, piquante et moderne.

 

La série compose avec originalité et crédibilité afin de proposer une satire grinçante du fonctionnement de la politique américaine actuelle. La description du système, des relations entre sénateurs, des relations avec les différentes institutions, de la manipulation des électeurs, ne sont pas trahis par l’enjeu SF ; bien au contraire, les King auront développé le récit de telle sorte que, en conclusion, une moitié de cervelle en moins, rien n’est vraiment différent au cœur de l’actualité politique.

 

C’est bien plutôt l’occasion de pousser à bout l’absurdité de certaines impasses politiques, de la crise au dévoiement du système démocratique, en passant par l’influence de la CIA et le bricolage budgétaire : tout, au fond, n’est qu’une sorte de vaste imposture… Alors, Braindead, série politique ?

 

 Comme The Good Wife, Braindead est difficile à classer : comédie, comédie dramatique, drame, science-fiction… Elle est un peu de tout et c’est précisément ce qui fait son charme. Pourquoi pas une comédie musicale ? Alors n’hésitons pas, faisons du fameux « previously on » un numéro musical ! Filmons une scène de tentative de meurtre comme on filmerait une chorégraphie de Broadway ! Pourquoi pas une romance ? Allons y pour une relation sincère mais compliquée de divergences politiques… Et une comédie absurde et horrifique ? Rien de tel ! Vive les insectes dans les oreilles et les têtes qui explosent !

Sans être hilarante, la série est ainsi un mélange des genres détonnant et finalement, très attachant. Le regret qu’on peut avoir, sans doute, est que les deux sphères évoluent longuement sans être suffisamment connectées. Il manque parfois le petit quelque chose qui assurerait le lien entre les deux groupes de personnages, narrativement, puisque seule Laurel incarne ce pont entre les deux branches. Ce qui faisait la force de The Good Wife, c’était certainement sa capacité à proposer un récit entier et global grâce à l’ensemble de ses personnages forts, ici, le rythme des 42 minutes n’est pas aussi efficace et l’enthousiasme est moindre.

En somme, Braindead n’est pas exempte de quelques défauts, mais elle est dans l’air du temps, cynique et virulente, sans sacrifier tout espoir. Son audace, soit tout en subtilité, soit tout en gros sabots, s’associe à on intelligence et à sa pertinence. À voir !

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The Bling Ring

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The Bling Ring de S. Coppola est un mauvais moment à passer. On ne sait pas tant pourquoi on est là (mais on reste quand même), on ne sait encore moins qui se balade à l’écran, pourquoi, comment, et une fois sorti, c’est simple, on ne se souvient déjà de rien. Les personnages sont comme figés, sans réalité, l’intrigue plus rapportée que racontée, filmée, pensée ; quelque chose parfois près d’un rapport de police, succession de « voilà ce qui s’est passé » entre lesquels on colle des images de Facebook à la chaîne : jamais le film ne semble avoir d’idées qui ferait un peu la beauté d’une scène, ou plutôt tout tombe systématiquement à l’eau. On a l’impression, en plus, que chaque scène hérite d’un seul mode de réal, sans qu’on ait le sentiment d’une véritable fluidité, d’un sens derrière, ou simplement d’une beauté qui se dégagerait sur la longueur : c’est malheureusement plat. Le film souffre par ailleurs de la comparaison avec Spring Breakers qui, sur un même thème, proposait quelque chose, quand Coppola ne prend pas position, sans pour autant jamais laisser vivre ses personnages. En conséquence, on ne sait pas trop ce qui se dit dans ce film, en tout cas d’autre que les poncifs qui s’alignent sans la moindre distance, ni la moindre intimité : on reste dans l’indifférence la plus totale. Bref, oublié.

The Grandmaster

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Un beau film de Wong Kar Wai. Le récit ample surprend régulièrement par ses ellipses frustrantes et ses retours en arrière ; en s’étendant sur plusieurs années, il se construit parfois sans toujours être clair dans ses motivations (pourquoi cette scène-là dans un flashback, etc). Néanmoins, cette amplitude va pour un propos pertinent et intéressant sur le motif du temps qui passe au prisme des bouleversements historiques, si bien qu’elle ouvre sur quelques variations du film de kung-fu étonnantes. En ce qui concerne les scènes de combat, la première laisse dubitatif, peu lisible, elle mise sur les détails de la pluie (comme d’autres l’ont fait, on se souvient), tandis que toutes les autres auront été plus claires dans leur pensée même : du combat qui a tout d’une danse amoureuse au combat plus près d’un jeu de stratégie politique, ils font systématiquement le récit et d’une bien jolie manière. C’est aussi l’intérêt du film qui trouve, dans son ampleur, un ton très intimiste près de ses personnages, entre le peu de décors et les façons de parler. On pourrait trouver à redire sur cette résurgence 2046, sur l’ensemble du film dont on n’est pas sûr d’avoir bien saisi ce qu’il disait en définitive, d’où quelque perplexité face à certaines scènes par ailleurs et l’émotion très rare. Bref, un film envoûtant, qu’on aurait aimé vivre davantage.