Ava, Noée Abita au-dessus de tout

Ava est un joli film réalisé par Lea Mysius et porté par son actrice principale Noée Abita. En partant d’un moment et d’une idée, à savoir la perte de la vision nocturne pour la protagoniste, le film s’élève progressivement vers un récit initiatique qui emprunte à différents genres, notamment les road movies, leur mouvement constant et leur absence de destination. Un parti pris radical et enthousiasmant qui s’oppose à la fermeture progressive de l’horizon d’Ava. C’en est presque frustrant toutefois, à l’image de cette fin figée dans cet élan, et malheureusement le film se refuse trop souvent à raconter son histoire, pour tomber dans des travers qui n’ont guère d’autre intérêt que celui de servir une sorte de posture « auteurisante » : le texte du journal, qui pourtant marque précisément à mesure qu’on ne s’en préoccupe plus – comme Ava -, sonne tellement « écrit » pour nous être lu qu’il nous sort en partie du film. Ne parlons pas du chuchotement apocalyptique, qui surligne ce qu’on nous montre et dit déjà, ni de certaines images lourdes au possible (le hot dog !).

L’absence de jugement vis-à-vis du personnage est salutaire et le film a évité judicieusement de tomber dans l’écueil d’un portrait sans nuance dont le seul but aurait été de jouer la carte du pathétique. La relation principale, qui tient au détournement de mineure (évoqué plusieurs fois), manque en revanche peut-être de finesse tant elle semble limiter le récit initiatique de l’adolescence à la rencontre amoureuse, la sexualité, la rébellion. En somme, Ava est un film avant tout porté par son excellente actrice qui séduit par le portrait nuancé de son personnage, mais tombe malgré tout dans quelques facilités inutiles.

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Doctor Strange : un nouveau Marvel qui manque de souffle

Affiche de Doctor Strange

Doctor Strange est loin d’être une expérience désagréable, mais il est manifeste qu’il manque de souffle, d’ampleur, d’inventivité : d’un peu de tout, pour mieux rentrer dans les rangs d’un Marvel. La force des Marvel, l’unité de ton/structure, est malheureusement ce qui nuit à la qualité propre de ses films. Doctor Strange avait le potentiel d’un coup d’éclat esthétique, il se contente de peu, à savoir deux ou trois séquences fortes qui au moins, valent le détour. C’est là même qu’on touche aux questions les plus intéressantes soulevées par le concept même des pouvoirs du héros, ces moments sont aussi intenses que frustrants, au regard du récit global qui prend le parti d’écarter, souvent d’une boutade, les points essentiels (temps, réalités, responsabilités…).

Le reste du temps, l’intrigue se déroule sans s’élever assez pour susciter l’enthousiasme de la découverte d’une nouvelle adaptation d’un super-héros. L’ensemble est convenu et souffre des défauts d’une grande partie des premiers films Marvel : un antagonisme superficiel tant le méchant de l’histoire est mal écrit (peu écrit surtout). Quel dommage, quand on a un tel cast, de ne pas exploiter le potentiel d’un réel conflit entre deux figures charismatiques. Quoique, compte tenu de la réussite technique limitée des scènes de combat parfois peu lisibles, c’est peut-être aussi bien. Le mauvais point flagrant de ce film, c’est bien l’équilibre raté dans la présence de l’humour : Marvel joue d’autodérision et le plus souvent avec une certaine réussite, mais cette fois, trop, c’est trop. En définitive, ce film nous laisse sur notre faim, malgré quelques moments réellement efficaces et un visuel psychédélique qui a son charme.

Bridget Jones’s Baby, ça suffit !

Bridget Jones's Baby

Ce nouveau Bridget Jones dissimule derrière son piquant habituel un récit hautement convenu voire, contre toute attente, résolument vieux jeu. Un triangle amoureux, la personnalité haute en couleur de la protagoniste et le contrepoint toujours efficace que constitue Darcy, des situations embarrassantes désamorcées avec un timing impeccable : les ingrédients sont là !

Et pourtant… Bridget Jones croit pouvoir maintenir l’illusion de son audace, mais cela ne tient plus. La (les !) comédie romantique a évolué, difficile d’assurer la continuité sans se perdre en ringardise, aussi ce nouvel opus assume-t-il son déroulé conventionnel, à peine égratigné par l’intégration du personnage de Dempsey. Premier « aïe aïe aïe » : aucune mention de la seule possibilité de l’avortement pour Bridget. Puis surtout, pourquoi, mais vraiment, pourquoi, cette charge anti-féministe ? Aucun intérêt pour le récit, un ressort comique vain… ? Ces piques récurrentes font du visionnage du film une épreuve de plus en plus pénible et limitent considérablement la force comique et enthousiasmante de la narration. Comble du comble, on en vient à détester absolument tous les personnages et à réévaluer rétrospectivement les précédents films ! Très décevant.

X-Men : Days of Future Past

X-Men-Days-of-Future-Past

X-Men Days of Future Past, réalisé par Bryan Singer, est sans aucun doute le meilleur film de la saga à ce jour. Aussi bien impressionnant qu’émouvant, il fait preuve d’une intelligence fine à la hauteur de ses ambitions, dans une narration elle-même exceptionnelle qui, par les parallèles qu’obligent le concept même, ne cesse d’approfondir et de réfléchir à son propos. Il faut dire que c’était un sacré risque que de se lancer dans une telle affaire de voyage dans le temps, et le résultat s’avère fluide, évident, juste, dans la mesure où l’intrigue est resserrée autour de quelques mutants, les enjeux impliqués par même seulement trois personnages : Erik, Raven et Charles. Il n’y a pas d’autres ennemis que les sentinelles, mais quelle sorte d’ennemi peuvent-elles être, ces machines qui ne peuvent être vaincues ? Voilà où Days of Future Past vous prend à revers, dans le parti des émotions, condensées par exemple dans cette magnifique scène de face à face entre le Xavier du passé et celui du futur.

Si on pouvait être déçu de l’utilisation centrale de Logan, elle donne lieu elle aussi à de très bonnes choses, en premier lieu, c’est très touchant de voir les échanges entre Charles jeune et lui, tant les caractères semblent inversés, pour mieux rendre compte de l’évolution du premier dans le film. En fondant toutes ses implications sur les perspectives individuelles de trois mutants (très bonne écriture de Raven/Mystique, courant vers sa liberté pour devenir, avec l’aide de Charles, la figure d’espoir commune aux hommes et mutants, elle qui symbolise plus que tous les autres la mutation), le film parvient à privilégier l’intimité tout en proposant un point de vue sur ses enjeux historiques : comment ne pas être saisi d’émotion devant ce montage qui met en scène d’un côté une prise de pouvoir de Magneto jeune, et de l’autre ce serrement de mains entre lui et Xavier dans le futur ? L’intensité n’est pas que sensationnelle, elle est le fruit de la simultanéité impossible de l’action de l’Histoire et du vertige de la nostalgie.  Et le film a l’audace de ne donner raison à personne, ou à tout le monde, lorsqu’il s’interroge sur l’Histoire : elle aura donné raison à Magneto, à Charles d’avoir maintenant raison sur elle. La réalisation fourmille d’idées pour nous impliquer dans le passé et dans le futur, nous rendre par là-même témoin d’une Histoire parallèle en train de s’écrire, avec ses scènes marquantes, qui ne sont pas celles de conflits (mais excellente scène d’introduction !), mais d’exposition aux médias et donc aux yeux du monde par exemple. De là, tout dans le film a du sens, aussi bien pour/dans l’Histoire que pour les personnages. Bref, intelligent, dense et très émouvant, X-Men : Days of Future Past est indispensable !

Veronica Mars, le film

veronica mars

L’adaptation de Veronica Mars ne tombe pas dans les écueils qu’on aurait pu craindre et s’avère au contraire divertissante et intéressante. L’enquête est plutôt bien gérée, structurée, solide, elle s’adapte bien au format et parvient à s’articuler toujours aussi bien avec le microcosme des old friends et la ville entière de Neptune ; les références, clins d’oeils, caméos (!), font du film également un régal pour les fans, convoquant la veine nostalgique sans trop en faire non plus. Les valeurs sûres de la série sont quant à elles toujours au rendez-vous : des répliques drôles, le sarcasme de Veronica et, bien sûr, l’excellente Kristen Bell. Mais le film ne se contente pas de la nostalgie et avance de nouveaux enjeux personnels pour sa protagoniste, dans une perspective à la fois très sombre et héroïque, il rend honneur à Veronica et confirme notre attachement au personnage. Bref, sans être transcendant dans la mesure où la série tirait aussi sa force… eh bien dans son format même de série, le film est plaisant, va du plus drôle au plus sombre ; Veronica Mars n’a rien perdu de son charme, toujours attachante et indispensable.

Yves Saint Laurent

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Yves Saint Laurent est le type même du biopic parfaitement oubliable, tout juste porté par l’interprète principal. Impossible de nier le talent de Niney à l’œuvre, YSL est véritablement incarné et c’est toujours lui qui retient notre attention quand tout le reste est fade au possible. Pas de recul, si ce n’est celui d’une biographie soignée, on passe par des indications de dates à l’écran, et parfois, à l’inverse, on nous présente des situations dans lesquelles on est incapables d’identifier d’autres personnalités et leur relation à YSL. Et pas de véritable sens artistique non plus, beaucoup de simples fondus, ou d’effets surlignants : à ce titre, les défilés ‘victorieux’ sont un calvaire à regarder, ainsi accompagnés d’une bande-originale tonitruante forçant le trait du triomphe pour emporter le spectateur. La relation amoureuse structure enfin le récit avec plus ou moins de réussite, bien tenue elle aussi par ses deux bons acteurs, elle ne suffit pas à rendre l’ensemble plus intéressant, prenant, ou simplement touchant. On est toujours près de l’indifférence ; rien de mémorable.

Hunger Games 2

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Une adaptation certainement de meilleure qualité que le premier film, mais encore décevante. Ce Hunger Games L’Embrasement dispose d’une structure nette, découpée si bien qu’on ne regarde une partie presque que pour voir la suivante. Le film manque de rythme, d’intensité, comme le premier : les scènes défilent, on a l’impression de subir un livre raconté et jamais cinématographiquement incarné. Dès lors, on surligne, on explique et on insiste, là où les images suffisent quel que soit le public, et quand on attend cette fois que l’action prenne le relais, on a droit à quelque chose de peu convaincant parce que trop artificiel. Difficile de croire au danger de l’arène, encore moins au survival, et on n’en sort jamais impressionné. On suppose également qu’il faudra attendre le prochain pour voir les émeutes de face, pour le moment, on peine à ressentir la « foule » quand il y a supposément foule, le peuple, les autres districts, etc. Néanmoins, restent des éléments forts : les personnages et Katniss en premier lieu. Complexe et intéressante, en plus interprétée par une Jennifer Lawrence impeccable, on la suit même dans ce film qui lui assigne une évolution moins héroïque, de même, quelques personnages secondaires se font une place et rendent la deuxième partie plus plaisante à suivre. On apprécie aussi précisément ces moments où on sent la bascule vers la révolte possible, notamment les interventions télévisées des tributs, ou encore celle du jeu à la sincérité, bien que dans ce deuxième film il serve concernant Katniss davantage un triangle amoureux qu’autre chose. Bref, assez long et jamais impressionnant, ce Hunger Games est toutefois porté par son interprète principale et son personnage au reste toujours intéressant.

Wolverine

 

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Wolverine surprend là où on ne l’attendait pas vraiment : dans son propos sur la mort, pour le personnage immortel, il explore quelques pistes qu’il relie plutôt bien à ses enjeux généraux, malgré l’intrigue de yakuzas et autres moins bien ficelée. Car il faut dire qu’en termes de divertissement, le film n’a malheureusement rien de très efficace : les effets ne sont pas très réussis, les scènes d’action sont presque trop courtes, sans parler du final à la limite du ridicule, au point même que la scène post-générique est à elle seule plus excitante que tout le film ! Mais pour ce qui est de l’enjeu personnel, Wolverine avance plusieurs motifs intéressants, celui du désir de la mort ou d’être prêt à la mort, avec pour point d’ancrage le double-trauma (double foireux dès lors que le villain est foireux), Nagasaki/Jean et une fois la mort possible, la question aussi simple qu’inévitable pour ce personnage : quel sens donner à sa vie qui n’en est pas vraiment une ? Quel Wolverine devient-il sur la fin (le sauvage des débuts, le protecteur, le soldat) ? Le film ne s’embarrasse pas de discours, mais se laisse aller à l’exécution des métaphores au premier degré autant que l’est son personnage, c’est aussi bien, les lignes sont limpides de ce côté là (plus tortueuses pour l’affaire yakuza & co) ; si seulement l’intrigue avait suivi, l’action, tout… Car en définitive, le film n’a rien d’exceptionnel sur tous ces plans, rarement efficace, pas même spécialement drôle quand il s’y essaie, ni émouvant, ne disposant pas non plus d’une galerie de personnages secondaires si convaincants outre Yukio, et peut-être également Mariko. Bref, passable, mais pas inintéressant non plus.

The Bling Ring

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The Bling Ring de S. Coppola est un mauvais moment à passer. On ne sait pas tant pourquoi on est là (mais on reste quand même), on ne sait encore moins qui se balade à l’écran, pourquoi, comment, et une fois sorti, c’est simple, on ne se souvient déjà de rien. Les personnages sont comme figés, sans réalité, l’intrigue plus rapportée que racontée, filmée, pensée ; quelque chose parfois près d’un rapport de police, succession de « voilà ce qui s’est passé » entre lesquels on colle des images de Facebook à la chaîne : jamais le film ne semble avoir d’idées qui ferait un peu la beauté d’une scène, ou plutôt tout tombe systématiquement à l’eau. On a l’impression, en plus, que chaque scène hérite d’un seul mode de réal, sans qu’on ait le sentiment d’une véritable fluidité, d’un sens derrière, ou simplement d’une beauté qui se dégagerait sur la longueur : c’est malheureusement plat. Le film souffre par ailleurs de la comparaison avec Spring Breakers qui, sur un même thème, proposait quelque chose, quand Coppola ne prend pas position, sans pour autant jamais laisser vivre ses personnages. En conséquence, on ne sait pas trop ce qui se dit dans ce film, en tout cas d’autre que les poncifs qui s’alignent sans la moindre distance, ni la moindre intimité : on reste dans l’indifférence la plus totale. Bref, oublié.

Iron Man 3

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Le troisième volet d’Iron Man, sans être du (mauvais) niveau du deuxième, est en grande partie décevant. S’il est globalement efficace, doté d’un rythme enlevé et de quelques séquences d’action suffisamment longues (et parfois impressionnantes), le film manque de consistance, d’une intrigue plus solide ou du moins plus « forte », et d’un peu plus de profondeur quand il semble vouloir se confronter à son personnage. L’envie est là, mais gérée avec une espèce de désinvolture superficielle, jusqu’à prendre à la rigolade les principaux signes de « faiblesse » de son héros, les crises d’angoisse, et à jouer de symboles ô combien subtils (l’armure traînée derrière soi…). Dommage, car il y a au fond quelques bonnes idées, dont la multitude d’armures et l’attachement à l’une ou à l’autre. Et on a pu aussi apprécier le duo formé une fois avec « WarMachine » et une autre fois avec Pepper Potts, et même avec l’enfant ; tandis que l’interprétation de R. Downey Jr assure encore le charisme de son Iron Man et permet à plusieurs reprises de favoriser l’empathie du spectateur. Pour ce qui est des ennemis du jour, les partis pris sont discutables, mais pas inintéressants : notamment la dés-iconisation de la figure du terroriste. Malheureusement, tout se noie dans un humour lourd et systématique, dont on ne retient qu’une ou deux répliques, au milieu d’un océan de gags sans intérêt. Il suffirait, quand on y pense, de prendre l’humour plus au sérieux pour l’exploiter de façon à dire quelque chose des personnages, et cela ferait déjà une grosse différence et permettrait de composer avec les « contraintes » du blockbuster à la Marvel. Bref, un film qui a le mérite d’être divertissant, mais qu’on oublie dès qu’on sort de la salle.