Wilfred, saisons 1et 2

Wilfred. -©FX
Wilfred. -©FX

Comme le veut la loi de l’été : il n’est jamais trop tard pour rattraper des séries. Encore que je n’ai pas commencé Wilfred, la comédie de FX, remake de la série australienne du même nom, cet été, mais il y a quelques mois, et il m’aura fallu un peu de temps pour venir à bout des 13 épisodes de la saison 1. C’est peut-être de celles qu’on peut mettre de côté quelque temps, pour y revenir avec le même plaisir, en tout cas, Wilfred ne connaît pas d’équivalent et ne s’abandonne pas si facilement. C’est l’histoire d’une amitié entre Ryan et Wilfred, le chien de sa voisine, qu’il voit comme un homme déguisé après sa tentative de suicide. Qui oserait ?

Et honnêtement, l’expérience en soi est amusante, troublante, tant Wilfred joue avec génie de la fameuse suspension de crédibilité, jusqu’à en faire un principe de comique-bizarre permanent. Elle n’est pas franchement drôle – elle peut l’être dans ses scènes qui accompagnent le générique de fin -, il faut se faire au potache et au trash, mais elle est incroyablement attachante. Cette relation qui d’une certaine façon, va de soi, est très touchante quand elle devient l’enjeu véritable de la série, tant elle dit ce qui reste dans l’ombre : la folie de Ryan. Rien n’interdit une lecture purement « rationnelle », malgré le point de vue adopté qui est bien entendu celui de Ryan, et à vrai dire, l’émotion qui se dégage insensiblement de la série dépend entre autres de cet écart entre ce qu’on voit avec Ryan, et ce que ça pourrait signifier pour lui. Wilfred n’est pas loin d’être une comédie réconfortante également parce qu’elle nous épargne tout jugement, et préfère raconter cette histoire d’amitié insolite qui, manifestement, ressemble à un sauvetage complètement barré de Ryan par son acolyte.

Les petites aventures de Ryan et Wilfred sont généralement divertissantes, principalement parce qu’elles se glissent dans une faille improbable des scènes de la vie quotidienne d’une banlieue et donnent lieu par là-même à des séries de rebondissements inattendus. Après tout, la série s’est donné le droit de tout oser à partir du moment où elle a décidé de mettre en scène ce « chien » incarné par cet homme à l’accent australien ! Mais puisque la qualité est là, notamment dans les excellents dialogues entre les deux protagonistes, on ne boude pas son plaisir.

Wilfred. -©FX
Wilfred. -©FX

Dans sa deuxième saison, Wilfred se fait plus sombre et malgré des débuts laborieux, elle livre quelques superbes épisodes. Le choix de coincer Ryan dans un travail de bureau n’était certainement pas la plus heureuse des décisions, mais la série a su corriger le tir rapidement et recentrer ses intrigues avec le même minimalisme efficace qu’en première saison, dans la cave (réelle ou non) de Ryan. On peut également saluer la mise à l’écart de Jenny, bien que l’arrivée d’Amanda n’ait pas forcément si bien tenu ses promesses, notamment dans un finale qui consacre son départ d’une manière saugrenue mais décevante.

La saison 2 est beaucoup plus émouvante que drôle, principalement dans ses chutes d’épisode amères qui semblent suivre une trajectoire plus claire et intéressante qu’en saison 1, à savoir aller au cœur de la détresse de Ryan, la mettre au jour, la nommer, l’assumer et continuer. Wilfred, imprévisible en saison 1, se fait presque évident dans le dernier temps de cette saison, c’est lui qui aide Ryan à sa façon, et « quand il est prêt ». Les intrigues tournent autour d’enjeux latents sans cesse repoussés : le père de Ryan et « what is Wilfred », sans aller jusqu’à répondre, mais en franchissant plusieurs étapes qui font que cette saison permet à Ryan d’évoluer envers et contre tout, d’être quelque part plus lucide qu’il ne l’a jamais été.

Bref, la première saison de Wilfred est étonnante et attachante, généralement très inspirée, elle est toujours agréable à suivre. La deuxième perd en inspiration et comique ce qu’elle gagne en justesse et émotion, un tournant non exempt de défauts mais qui donnera lieu à de très beaux épisodes (le 8 !).

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