Veronica Mars, saison 1

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Alors qu’un film est en route, revenons sur les débuts de Veronica Mars !

La série, désignée quelquefois comme la nouvelle Buffy, s’en est fait en tout cas la digne héritière. Sous ses allures de teen show, elle s’emploie à un mélange des genres d’une recette aussi simple qu’efficace : celui du teen show et du cop show. Une ou plusieurs enquêtes par épisode, et une grande enquête de fond, les deux convaincantes dans la majorité des cas. La grande enquête est même une véritable réussite : la présentation progressive de ce petit univers de Neptune permet de relancer le suspense à chaque nouvel indice (les cliffhangers !), à un rythme très équilibré, évitant qu’on perde de vue les enjeux de fond de la série.

La réussite de Veronica Mars, c’est aussi… Veronica Mars. Le personnage est riche : un brin cynique, mais sensible, détective à ses heures, mais aussi lycéenne comme les autres, Veronica est à la fois parfaitement crédible et attachante. La série mise sur la complicité avec le téléspectateur, avec une voix-off pertinente pour sa protagoniste, combinant sarcasmes bien vus et confidences touchantes ; les dialogues sont du même acabit, et Kristen Bell achève de donner à son personnage toute sa présence. Les relations avec les autres font également partie des points forts de la série : on a droit à une relation père/fille au premier plan (ce n’est pas si fréquent dans les teens shows), une belle amitié et une relation amoureuse attachante.

Veronica Mars, c’est le rire, l’émotion tout à la fois, tant les affaires ont toujours des répercussions sur les vies privées, tout s’imbriquant pour éclairer en définitive Neptune même, son lycée étant bien ce microcosme d’une société (comme toujours dans les teen shows, on n’occulte jamais ce parallèle réaliste) auquel la série se confronte : inégalités, ragots, jusqu’au slutshaming et au viol.

Bref, une série à (re)découvrir absolument !

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Terminator : The Sarah Connor Chronicles

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Terminator : The Sarah Connor Chronicles, créée par Josh Friedman, diffusée en 2008 et 2009, est encore aujourd’hui une grande frustration pour sériephiles. Disposant de deux saisons seulement (la première de 9 épisodes, la seconde de 22), la série a pourtant eu le temps d’imposer ses personnages, son univers, de l’étoffer et de l’interroger perpétuellement, de la même façon qu’elle a su se l’approprier et le gérer comme une série avant tout.

L’éternel refrain : John et Sarah Connor en lutte pour leur survie et la survie de l’humanité, en lutte contre Skynet, au passé, au présent, au futur, avec l’aide d’alliés inattendus. À partir de là, The Sarah Connor Chronicles prend un départ sur les chapeaux de roues et assure ainsi son ambiance de survival et de menace constante. L’écriture joue d’un rythme très enlevé (hormis quelques épisodes de saison 2), ponctue ses épisodes de scènes d’action efficaces et de combats bien chorégraphiés, tout en gérant ses arcs avec un bon tempo dans le suspense. Le fameux chassé-croisé avec Cromartie est quant à lui bien ficelé : les rencontres et les stratégies sont généralement cohérentes. Outre cette forte thématique survival, la série manipule ses intrigues avec ce qu’il faut de twists et de cliffhangers, sans en faire trop non plus, pour nous accrocher d’un bout à l’autre.

Mais The Sarah Connor Chronicles n’est pas juste une bonne série d’action : détail qui n’en est pas un, les morts y sont finalement rares. Quand elles surviennent, la série s’y confronte et travaille ses personnages ainsi responsables, au travers d’apparents appartés qui se retrouvent toujours connectés à l’intrigue en définitive. De cette façon, la série n’oublie pas ses enjeux d’ordre moral et fait preuve de rigueur dans l’écriture de ses personnages, d’une façon qui fait toujours lien avec l’univers et ses enjeux globaux (il suffit d’observer les intrigues qui donnent l’impression d’un teen drama au départ). On fait aussi évoluer les relations de manière intéressante, le duo John-Sarah s’élargit au fur et à mesure, les personnages se rapprochent puis s’éloignent, la confiance va et vient, et peu à peu, la série fait grandir John et fonde un duo John-Cameron très intéressant et charismatique. Sans compter les personnages introduits à côté qui, le temps d’un épisode, font rêver sur leur potentiel.

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C’est ainsi qu’elle développe son univers, de plus en plus riche en saison 2, se déployant sur plusieurs temporalités (« flashbacks » de scènes du futur), plusieurs décors, plusieurs… réalités. Si la série n’a fait qu’aborder la question des réalités alternatives, elle promettait de s’y confronter par la suite, et sa conclusion n’en est que plus frustrante. Elle gère ainsi ses paradoxes et parvient à monter un univers à la fois compréhensible et toujours en mouvement. Elle complexifie enfin son système de personnages, faisant croire à tel ou tel ennemi, renversant les positions, loin d’une simple distribution manichéennes des rôles, elle va jusqu’à oser interroger son personnage leader et le postulat de l’héroïsme de John Connor.

Autre point fort de la série : son écriture des personnages-machines. Cameron, d’une part, dispose d’une écriture ambiguë, d’une psychologie ainsi paradoxalement très dense dont la réussite se manifeste avant tout dans les dialogues. Excellents ressorts comiques par moments, ils révèlent aussi sa capacité à mentir, à s’adapter au discours de l’autre, à imiter et intégrer les codes au fur et à mesure, jusqu’à cet épisode troublant où des souvenirs humains ressurgissent et permettent d’interroger la porosité des limites entre la machine et l’homme, pour en conclusion les rétablir brutalement. Voilà comment on en arrive à s’attacher à ces personnages-là, et même à John-Henry, dont l’évolution est tout bonnement fascinante à suivre (conscience de la mort, l’imagination, etc). La série livre par ailleurs un propos intéressant quant à son rapport avec la morale : les débuts religieux encouragés par Ellison ne serviront qu’à intégrer quelques lois évidentes, alors que sa relation avec Savannah achève de définir ses principes.

Ce qui peut sembler déroutant, c’est peut-être enfin les morts des personnages importants (humains), qui donnent souvent l’impression d’être expédiées : si c’est évidemment cohérent avec la série, c’est dommage pour l’émotion. On peut aussi trouver la narration de certains épisodes pas complètement satisfaisante (l’épisode rêve par exemple, qui aurait pu être bien plus réussi et qui se plante un peu par moments), et le parti pris d’un arc important de première partie de saison 2 rétrospectivement trop important, retardant l’enquête et la découverte finale qui du coup semblent un peu précipitées dans les deux derniers épisodes.

Bref, un série très convaincante, fun, qui prend en charge son univers avec cohérence et finesse, tout en écrivant de bons personnages. Ici et là d’excellents épisodes, une fin qui satisfait autant qu’elle frustre tant la suite s’annonçait prometteuse. À voir !

The Wire : saison 1

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The Wire, n°1 chez bien des critiques, à citer comme la grande autorité des séries, ne déçoit pas dans cette première saison. Dieu sait combien l’on est réticent à se lancer dans le visionnage d’une série que tout le monde encense, a fortiori quand des non-sériephiles se targuent d’avoir vu cette série-là, best show ever, rien à voir avec ces journaux de vampires et autres idioCW vive le câble tralala. Il faut un peu de temps, souvent un avis plus sûr, moins prétentieux, pour s’y mettre, et surtout ne pas se laisser diriger dans un sens ou dans l’autre (regarder pour la hype, refuser pour la hype). Et en définitive, sans forcément se rallier aux avis uber-positifs, on apprécie la série pour ce qu’elle est.

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Le récit dense et complexe de l’enquête trouve un rythme ni lent, ni précipité, pour nous tenir en haleine sur treize épisodes, à partir d’une mise en place délicate d’un univers tentaculaire, peu à peu exploré dans ses différentes tranchées. Si l’on part du crime et de la drogue, on échappe de plus en plus à ces carcans du genre policier pour approcher, de loin, du legal drama, de plus près, du show politique, toujours sous l’angle de la corruption dans Baltimore.

Cet enjeu génère un système de personnages dès lors subtils, à décliner autant sur une échelle purement morale (les plus ou moins corrompus), qu’une échelle simplement stratégique (la place de chacun dans le « jeu ») : ce système-là dépasse ainsi tout manichéisme attendu et ouvre toujours sur des pistes intéressantes, par le biais de métaphores (la partie d’échec), ou de seules explications des personnages (Stringer et son approche du marché), tout en évitant de restreindre notre attachement et notre intérêt aux seuls « bons » flics. Les petits apartés du côté de la vie privée de chacun aident également à les apprécier avec leurs défauts, qu’ils soient simplement exposés sans gros commentaire (l’alcoolisme), ou abordés de front (la violence de certains). Notons également la facilité avec laquelle les scénaristes déjouent les clichés en brossant des portraits d’homosexuels dans des milieux « durs ».

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Pour faire exister son vaste univers sans prêter à confusion, les techiniques de The Wire sont multiples : d’abord, la série situe rapidement une série réduite de lieux d’action, dont on s’éloigne finalement très peu, la cour, le club de striptease pour les dealers, le sous-sol, le toit pour les enquêteurs, le tout dans West Side, à Baltimore. L’autre grande réussite est le travail de la langue de toute la partie dealers, langue qui n’est qu’un vaste répertoire de codes à décrypter, et donne ainsi l’opportunité d’une approche inédite d’une enquête policière à la télévision.

L’écriture de l’enquête est quant à elle très juste et habile, d’une évolution cohérente, et le souci constant des détails renforce le sentiment d’authenticité : par exemple, le choix du « wire », anti-spectaculaire à souhait, s’avère également vite payant grâce à un tempo fascinant dans l’organisation de la surveillance. L’astuce consiste alors à jouer d’une progression pas à pas, pour provoquer régulièrement des bouleversements dans les constantes des stratégies des deux camps, et à proposer, en plus, un électron libre imprévisible, à savoir Omar, histoire de ne pas relâcher la pression. Tout ça pour dire : on ne s’ennuie pas devant un seul épisode (durée moyenne de 57 minutes). De même, tout « l’après » des enquêtes marque par son intrication dans les enjeux contemporains, post 9/11, sans non plus tomber dans du lourd cynisme et jugement au détriment du récit.

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Bref, cette première saison de The Wire est un régal à suivre, rapidement addictive, elle sait gérer son enquête avec beaucoup de cohérence et de nuance, mais aussi des coups d’éclats, des scènes-chocs éprouvantes et des moments poignants. Très peu à jeter, tout au plus quelques déchets anecdotiques le temps d’un épisode, rien en comparaison de la justesse de l’interprétation et de l’intensité de cette partie d’échec.