Dark, saison 1 : à ne pas manquer !

Affiche de Dark

Première série originale Netflix allemande, Dark (Baran bo Odar, Jantje Friese) est l’excellente surprise de ce mois ! Pour sa première saison composée de 10 épisodes, elle s’avère prenante, solide et ambitieuse.

Si la série prend d’abord l’allure d’un thriller sombre, elle s’en détache progressivement pour devenir une combinaison efficace entre tragique et surnaturel. Dark a l’intelligence de ne pas s’appuyer à outrance sur ses twists, dont la plupart, si vous êtes familiers du sous-genre dans lequel elle s’inscrit, sont relativement prévisibles. Au contraire, la progression de l’intrigue permet au spectateur de se prendre au jeu du « qui est qui » rapidement, et d’apprécier les enjeux même en ayant déjà fait les liens les plus évidents, pour la simple raison que Dark a aussi su développer sa galerie de personnages et la variété des relations et nœuds dramatiques qui la construisent.

La portée tragique est quant à elle entièrement assumée, jusqu’à être citée sur scène par l’un des personnages dans une scène particulièrement émouvante qui révèle l’un des paradoxes bouleversants de la série dans sa caractérisation des personnages : non seulement ils vivent une tragédie grecque, mais ils ont en plus conscience qu’ils vivent une tragédie grecque. On repense au fameux dilemme : si vous pouviez remonter le temps, est-ce que vous tueriez Hitler ? Dilemme déplacé ici dans la sphère intime avec le cas d’Ulrich, en ce qui le concerne, la question est plutôt : si vous pouviez empêcher la « mort » de votre fils en tuant le coupable avant le crime, le feriez-vous ? L’occasion pour la série de proposer la séquence la plus glaçante et terrible de la saison en confrontant Ulrich au complice enfant de la disparition de Mikkel.

Dark Ulrich et Helge

Intéressant également de voir la réaction de chacun pour mieux identifier les rôles qui seront les leurs, Martha, comme on l’a dit, s’effondre littéralement, Ulrich perd la raison, Jonas, lui, après le choc, continue de tenter quelque chose et ce faisant, en acceptant son rôle, il semble le le compléter encore davantage, comme l’illustre la fin avec l’ironie habituelle des intrigues de boucle temporelle.

Le voyage dans le temps… vu et revu dans les films, moins exploré dans les séries, le thème n’en reste pas moins l’un des plus captivants dans ses multiples contraintes. Assez tôt, Dark confirme qu’elle évolue dans le contexte des règles du voyage dans le temps à la Retour vers le futur : influencer le passé a des conséquences sur le présent. En s’accordant malgré tout une certaine marge de manœuvre, elle parvient à dérouler le fil de son intrigue sans perdre sa cohérence, en suivant une progression d’abord essentiellement linéaire. En appliquant finalement les étapes du récit policier, elle ne sort pas vraiment des chemins battus comme d’autres, sur le même thème, ont pu le faire et préfère ainsi suivre l’enquête de Jonas (découverte d’indices, exploration de la scène de crime, au fond, tout y est !).

Les épisodes dans le passé n’interviennent ainsi qu’une fois familiarisés à la petite ville de Winden et à ses habitants, de sorte qu’on s’y retrouve et qu’on s’amuse, nous aussi, à remonter la généalogie de chacun. Si elle semble à première vue classique, voire conventionnelle dans son choix de narration, Dark devient réellement audacieuse quand elle travaille la caractérisation de sa galerie de personnages à travers les différentes époques. Elle n’hésite pas à s’appuyer sur des éléments du passé, découverts après qu’on se soit familiarisés, voire attachés, à certains personnages, pour révéler leur noirceur jusqu’à nous déstabiliser dans notre relation à l’un et à l’autre. Hannah et Ulrich en sont les principales victimes.

Dark Hannah et Ulrich

On peut saluer par ailleurs la sobriété de la série en matière de références, on n’a jamais l’impression d’être assommés de signaux pour confirmer l’époque en question.

Dark penche vers la série fantastique, policière mais aussi… de super-héros. Elle leur emprunte tout du moins leur exigence d’antagonisme et de costumes, avec peut-être moins de réussite cette fois-ci. Le conflit oppose manifestement Jonas et Noah, l’adolescent au parka jaune et l’homme au costume de prêtre, qu’on verra presque toujours dans ces tenues. Maintenant, il semble qu’on en soit qu’au début et que tout reste à venir – et que le conflit opposera avant tout les deux meilleurs amis. Noah est quoi qu’il en soit le villain attitré de la série, manipulateur de Helge, responsable de la mort des enfants sur la chaise… Pour autant, en faisant de lui un personnage presque iconique, la série ne l’a peut-être pas assez incarné, ni justifié et expliqué ses raisons d’agir de façon convaincante. Pour cette raison, comme pour l’ampleur que prend le récit dans la fin de saison, on est avant tout impatients de découvrir la suite.

Dark Jonas

Bref, Dark ne déçoit pas. Entre thriller, drama et surnaturel, elle est exemplaire dans sa construction et révèle toute son ambition dans sa conclusion. Si vous êtes déjà férus de boucles temporelles et de tragédies, vous n’êtes en revanche jamais réellement surpris, mais cela n’empêche pas pour autant d’apprécier la série, suffisamment riche et intéressante pour cela.

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Supergirl, saison 3 : let her Reign !

Poster de Supergirl

Supergirl n’a cessé de nous décevoir dans une saison 2 certes ambitieuse, mais rarement à la hauteur de son héroïne, aussi attendions-nous la troisième saison avec appréhension : c’était l’occasion de mettre les compteurs à zéro et, pourquoi pas, de corriger les défauts soulignés par beaucoup. Mi-saison, quel est le verdict ? Eh bien c’est encourageant !

Attention aux spoilers !

D’entrée de jeu, la série affiche la couleur en se concentrant à nouveau sur Supergirl et, par extension, la relation Alex/Kara, qui reste depuis la première saison l’âme du show. Ce n’était pas gagné, tant la promo semblait mettre en avant une Kara dévastée par le départ de Mon-el, jusqu’à renier sa propre identité, bafouant ainsi les principes d’empowering que la série avait su imposer dans sa première saison. Mais judicieusement, cet enjeu est mis en contexte et rappelé au développement émotionnel du personnage sur la durée : on ne parle pas tant de Mon-El que du vécu répété d’abandons de Kara, en impliquant le moment terrible du départ de Krypton lorsqu’elle était enfant.

Supergirl, Kara et Alex

Si on peut être rassuré de retrouver notre Kara Danvers dans cette première partie de saison, on peut toutefois être gêné par le traitement de la relation Alex/Maggie, qui s’achève suite au départ  de Floriana Lima. On a pu saluer l’écriture du coming out d’Alex en saison 2, mais on ne saluera pas cette sortie, abîmée de surcroît par un épisode centré sur la relation père/fille de Maggie qui cumule les fausses notes au point d’en être problématique et dérangeant. Un rendez-vous manqué.

Et pourtant, on aime aussi ce début de saison 3 parce qu’il tend à renouer avec l’atmosphère feel good d’une série familiale chère à la saison 1. En mettant de côté Guardian notamment, en se débarrassant de Mon-El et en se focalisant sur Kara et Alex, Supergirl aboutit à une bien meilleure harmonie globale par épisode, aussi bien d’équilibre de présence des personnages qu’en ce qui concerne leur influence sur l’intrigue. Si la saison 2 semblait vouloir donner dans l’ensemble show de super-héros, au détriment de la personnalité et du rôle moral et émotionnel des personnages secondaires vis-à-vis de Kara, cette première partie de saison 3 rappelle que James est un repère essentiel, Winn un confident indispensable, J’onn un père qui sera toujours là en cas de problème (et qui ô miracle, fait enfin usage de ses pouvoirs !), Alex, eh bien tout à la fois.

Supergirl Winn et James

Cette saison a également eu la bonne idée de développer le rôle de Lena, figure incontournable de son univers, qui permet par ailleurs d’incarner le background général de National City en intégrant un villain humain, qui joue donc selon d’autres sortes de règles et s’avère plus difficile à arrêter. L’antagonisme est plutôt réussi et accorde à Lena le même statut que celui des autres personnages de la série, elle agit avec ses propres moyens pour le bien de tous. Il y a de quoi faire avec le personnage d’Adrian Pasdar, notamment sur la manipulation des masses par le biais des médias, une thématique intéressante et évidemment pertinente puisque Catco reprend aussi de l’importance dans le paysage de la série. C’est même encore avec un personnage de villain tout ce qu’il y a de plus humain que Supergirl prend à charge de questionner la perception de son héroïne, dans un épisode plus intelligent qu’il ne le laisse paraître et qui semble confirmer le propos de cette saison sur les attentes, la perception, la responsabilité et l’identité des figures d’héroïnes comme de villain. À ce titre, il y a quelque chose de bouleversant à regarder Sam se penser d’abord comme héroïne, pour être rattrapée par son destin imposé de World Killer (en espérant que la suite sera à la hauteur…) La série trouve en tout cas une meilleure continuité et maintient une progression narrative efficace jusqu’au mid season finale.

Adrian Pasdar dans Supergirl

Il faut être honnête, Supergirl n’y va pas de main morte avec l’ironie dramatique, puisqu’elle a déjà annoncé dans son cliffhanger de saison 2 que Reign serait le villain de cette saison et que, comme nous ne sommes pas idiots, nous avons tôt fait de faire le lien entre elle et Reign. Et voilà que Kara et Lena deviennent BFF avec Sam, que celle-ci a une fille adolescente… Vous le sentez venir, le drama terrible en deuxième partie de saison ? La série prend le temps de développer leur relation et de présenter la crise à venir avec une certaine efficacité puisqu’après une dizaine d’épisodes, on a pu en effet s’attacher au personnage, ou tout du moins à la relation d’amitié qui s’est nouée entre elles trois. Le premier combat fait office de moment clé et est prometteur, même si on peut regretter qu’il ait manqué de lisibilité pour être un tant soit peu aussi épique que dans les faits.

Reign

Maintenant, évidemment, il fallait que Mon-el revienne. Et sans surprise, dès qu’il apparait, le personnage de Kara perd en densité et nous rappelle la petite-amie qui lâche son job sans regret pour un mec. Quand est-ce qu’on sera enfin débarrassé de lui ? Sans parler de l’arrivée de la Légion, chose qu’on pouvait voir venir depuis la saison 2, mais qui nous laisse pour le moment de marbre et s’apparente surtout à une intrigue de trop, pas forcément rassurante maintenant qu’on avait enfin retrouvé Supergirl à la mesure de ses pouvoirs. S’agit-il de dire que Supergirl est insuffisante et que Mon-El doit encore venir la secourir, certes avec la Légion… ? Rien n’est explicite, mais après cette saison 2, on a tendance à craindre le pire.

Bref, pour cette première partie de saison, Supergirl semble s’être retrouvée et nous offre un bon ratio de bons épisodes. En se focalisant à nouveau sur son héroïne, elle réussit à corriger la majorité des défauts narratifs de la saison 2 et prend même le temps de développer ses thématiques et son background avec pertinence. Quelques fausses notes majeures malgré tout qu’on regrettera et dont on espère qu’elles ne sont présagent pas d’une deuxième partie de saison plus faible. Une chose est sûre, Reign est l’atout majeur de cette saison et nous sommes hypés !

 

Gypsy, saison 1 : un thriller psychologique déroutant

Gypsy ©Netflix

Gypsy, nouveauté Netflix avec pour tête d’affiche Naomi Watts, est une série toujours plus déroutante. Sur le papier, déjà, on est entre le projet culotté et le drama vu et revu : d’un côté l’intrigue d’une psychothérapeute qui ne respecte pas les limites de la thérapie, de l’autre celle d’une crise de la quarantaine et du mariage d’un couple bien installé.

Durant dix épisodes, on va ainsi du meilleur au pire, sans nuance, jusqu’à se demander si la série n’a pas simplement refusé de s’assumer dans sa perversité. Parce qu’en définitive, Gypsy s’avère relativement prenante, en jouant de façon répétée des risques que prend Jean à s’incruster ainsi dans la vie de ses patients. Le plaisir, pour elle comme pour le spectateur, tient au fantasme de voyeurisme : c’est pas joli-joli, mais ça fonctionne dans les réels moments de tension. Cette intrigue majeure se déroule de façon linéaire, mais devient encore plus addictive quand on laisse entrevoir une partie du background du personnage. Vous pensiez qu’elle était une bien mauvaise psy, eh bien, elle l’est peut-être depuis plus longtemps encore. Seulement, voilà, on n’en saura très peu ! Résultat, ces éléments semblent juste être balancés pour susciter l’intérêt sans être vraiment utilisés davantage.

C’est à la fois l’élément fort et la grosse faiblesse de la série, qui maintient des zones d’ombre dans sa caractérisation du personnage. On s’éloigne du cliché du personnage féminin en crise pour suivre une manipulatrice finalement complexe, dont on ne sait plus si elle ment ou est sincère. C’est là que Gypsy prend réellement la forme d’un thriller psychologique et cesse d’emprunter les codes faciles et sans intérêt d’un drama conventionnel.

En ce qui concerne la représentation, il est malheureux de constater qu’on subit encore le stéréotype du personnage féminin bisexuel et manipulateur. Maintenant, le fait que les deux personnages correspondent à ce cliché a l’intérêt de nuancer ce portrait et de complexifier leur relation. De même, il est agréable de pouvoir suivre des personnages qui assument la fluidité de leur sexualité. Là encore, on va de pur fantasme (et cette lumière chaude et tamisée ferait presque verser certaines scènes dans le téléfilm érotique) à une relation intéressante dans laquelle, sans cesse, le rapport de force évolue.

L’intégration d’un personnage d’enfant trans est d’ailleurs elle traitée avec suffisamment de finesse, preuve encore que la série en est capable. Mais pendant ce temps, pour les personnages moins exploités à première vue, on ne peut éviter l’ennui… Que dire de l’histoire du mari et de son assistante ? En est-on encore là, vraiment ? Et des mères de famille venues tout droit de Desperate Housewives ?

Et d’une manière générale, quantité de dialogues et surtout de transition manquent leur effet. Apparitions puis disparitions de personnages, enjeux placés puis oubliés dans certaines relations secondaires… Finalement, il est clair que Gypsy a tout misé sur Jean et Sydney.

Je ne serais pas aussi dure que les autres critiques, j’imagine qu’il faut savoir ce qu’on regarde et ne pas s’attendre à autre chose. Gypsy n’est certainement pas subtile, ni révolutionnaire dans sa forme, elle est souvent prévisible et s’appuie sur sa relation principale pour seule dynamique forte du récit. Gypsy n’est pas non plus une série attachante : de tous les personnages, seule Dolly sort réellement du lot. Ils sont tous détestables, et parfois pathétiques et ridicules (les dialogues n’aident pas), au point de livrer quelques scènes qui nous mettent mal à l’aise. Mais voilà, difficile de s’arrêter. Malheureusement, la fin de saison n’est pas satisfaisante tant le finale a surtout des allures d’avant-dernier épisode. Globalement décevante, Gypsy reste malgré tout efficace dans son genre.

Ava, Noée Abita au-dessus de tout

Ava est un joli film réalisé par Lea Mysius et porté par son actrice principale Noée Abita. En partant d’un moment et d’une idée, à savoir la perte de la vision nocturne pour la protagoniste, le film s’élève progressivement vers un récit initiatique qui emprunte à différents genres, notamment les road movies, leur mouvement constant et leur absence de destination. Un parti pris radical et enthousiasmant qui s’oppose à la fermeture progressive de l’horizon d’Ava. C’en est presque frustrant toutefois, à l’image de cette fin figée dans cet élan, et malheureusement le film se refuse trop souvent à raconter son histoire, pour tomber dans des travers qui n’ont guère d’autre intérêt que celui de servir une sorte de posture « auteurisante » : le texte du journal, qui pourtant marque précisément à mesure qu’on ne s’en préoccupe plus – comme Ava -, sonne tellement « écrit » pour nous être lu qu’il nous sort en partie du film. Ne parlons pas du chuchotement apocalyptique, qui surligne ce qu’on nous montre et dit déjà, ni de certaines images lourdes au possible (le hot dog !).

L’absence de jugement vis-à-vis du personnage est salutaire et le film a évité judicieusement de tomber dans l’écueil d’un portrait sans nuance dont le seul but aurait été de jouer la carte du pathétique. La relation principale, qui tient au détournement de mineure (évoqué plusieurs fois), manque en revanche peut-être de finesse tant elle semble limiter le récit initiatique de l’adolescence à la rencontre amoureuse, la sexualité, la rébellion. En somme, Ava est un film avant tout porté par son excellente actrice qui séduit par le portrait nuancé de son personnage, mais tombe malgré tout dans quelques facilités inutiles.

The Exorcist, une excellente surprise !

exorcist

Cela fait bien longtemps qu’il ne sert plus à rien d’estimer les réussites de la rentrée avant même leur diffusion. Mais on ne peut pas toujours s’en empêcher… Déjà contrainte de sélectionner les séries que je regarde, je ne me voyais pas intégrer The Exorcist à la shortlist de la rentrée. Il n’est jamais trop tard pour réparer ses erreurs.

Série sequel du film, la nouveauté de Fox se montre pour le moment digne de l’univers. Elle se distingue après 5 épisodes par ses qualités narratives, puisqu’elle n’hésite pas, en l’occurrence, à se projeter sans cesse vers l’avant : le début de la série en devient très accrocheur et l’intensité va grandissant jusqu’à un épisode 5 formidable. Cette progression rapide s’explique aussi par le choix d’une intrigue qui évacue toute facilité et prend le temps d’installer son atmosphère sinistre en se focalisant sur une famille dont l’une des filles est possédée. Le binôme de protagonistes évoque naturellement celui du film, mais parvient rapidement à donner du corps à ses personnages, de la même façon que les membres de la famille s’approfondissent peu à peu pour donner à la tension des fondations solides. The Exorcist ose de surcroît proposer quelques temps forts horrifiques, grâce à une mise en scène bien vue qui, d’autres fois, prend le téléspectateur à revers en montrant le contrechamp/drama familial d’un exorcisme, par exemple.

En définitive, ce début de saison est d’une efficacité redoutable ! L’atmosphère lugubre et la progression de l’intrigue rythmée s’accompagnent d’une réalisation qui semble de plus en plus trouver son style. On espère maintenant qu’elle saura tenir sur la longueur.

Doctor Strange : un nouveau Marvel qui manque de souffle

Affiche de Doctor Strange

Doctor Strange est loin d’être une expérience désagréable, mais il est manifeste qu’il manque de souffle, d’ampleur, d’inventivité : d’un peu de tout, pour mieux rentrer dans les rangs d’un Marvel. La force des Marvel, l’unité de ton/structure, est malheureusement ce qui nuit à la qualité propre de ses films. Doctor Strange avait le potentiel d’un coup d’éclat esthétique, il se contente de peu, à savoir deux ou trois séquences fortes qui au moins, valent le détour. C’est là même qu’on touche aux questions les plus intéressantes soulevées par le concept même des pouvoirs du héros, ces moments sont aussi intenses que frustrants, au regard du récit global qui prend le parti d’écarter, souvent d’une boutade, les points essentiels (temps, réalités, responsabilités…).

Le reste du temps, l’intrigue se déroule sans s’élever assez pour susciter l’enthousiasme de la découverte d’une nouvelle adaptation d’un super-héros. L’ensemble est convenu et souffre des défauts d’une grande partie des premiers films Marvel : un antagonisme superficiel tant le méchant de l’histoire est mal écrit (peu écrit surtout). Quel dommage, quand on a un tel cast, de ne pas exploiter le potentiel d’un réel conflit entre deux figures charismatiques. Quoique, compte tenu de la réussite technique limitée des scènes de combat parfois peu lisibles, c’est peut-être aussi bien. Le mauvais point flagrant de ce film, c’est bien l’équilibre raté dans la présence de l’humour : Marvel joue d’autodérision et le plus souvent avec une certaine réussite, mais cette fois, trop, c’est trop. En définitive, ce film nous laisse sur notre faim, malgré quelques moments réellement efficaces et un visuel psychédélique qui a son charme.

Bridget Jones’s Baby, ça suffit !

Bridget Jones's Baby

Ce nouveau Bridget Jones dissimule derrière son piquant habituel un récit hautement convenu voire, contre toute attente, résolument vieux jeu. Un triangle amoureux, la personnalité haute en couleur de la protagoniste et le contrepoint toujours efficace que constitue Darcy, des situations embarrassantes désamorcées avec un timing impeccable : les ingrédients sont là !

Et pourtant… Bridget Jones croit pouvoir maintenir l’illusion de son audace, mais cela ne tient plus. La (les !) comédie romantique a évolué, difficile d’assurer la continuité sans se perdre en ringardise, aussi ce nouvel opus assume-t-il son déroulé conventionnel, à peine égratigné par l’intégration du personnage de Dempsey. Premier « aïe aïe aïe » : aucune mention de la seule possibilité de l’avortement pour Bridget. Puis surtout, pourquoi, mais vraiment, pourquoi, cette charge anti-féministe ? Aucun intérêt pour le récit, un ressort comique vain… ? Ces piques récurrentes font du visionnage du film une épreuve de plus en plus pénible et limitent considérablement la force comique et enthousiasmante de la narration. Comble du comble, on en vient à détester absolument tous les personnages et à réévaluer rétrospectivement les précédents films ! Très décevant.

Person of Interest, digne héritière des grands récits d’anticipation

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Person of Interest est, après 5 saisons, une excellente série d’anticipation. La progression qualitative de la série a été constante et demeure exemplaire d’une construction narrative sérielle réussie : chaque épisode, chaque saison et enfin la série entière forment un tout cohérent dont tous les éléments ont un sens. La preuve la plus évidente en est la réutilisation de personnages forts – mais de second plan – tout au long de la série. C’est d’ailleurs en cela qu’elle parvient à instaurer un univers dans lequel évoluent quantité de pions en arrière-plan. Pourtant, si elle parvient ainsi à mener son récit jusqu’à lui conférer une ampleur exceptionnelle – mondiale et futuriste à la fois – elle mesure aussi avec beaucoup de justesse l’impact de ses enjeux sur l’intimité de ses personnages.

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Car il faut le dire, Person of Interest associe les genres sans jamais nuire à l’harmonie des tons, intrigues et registres. Récit de détective, d’anticipation, de super-héros, polar et drame éthique : la série n’hésite pas à relever le défi en allant jusqu’au bout des implications de tous ses enjeux. L’harmonie tient à la réalisation superbe, à la bande-originale minimaliste mais définitivement signature de la série et, naturellement, à l’efficacité du rythme de chacun des épisodes. Derrière une apparence somme toute assez classique de l’ordre du procedural, Person of Interest a opéré, comme The Good Wife, nombre de variations, déplacements et détournements de sa formule initiale : un numéro à sauver ou arrêter.

Une fois qu’on prend conscience de cela, on reconnaît que Person of Interest est une série solide et bien menée.

Mais elle est bien plus encore. Son enjeu principal – la surveillance de masse et ses implications – s’inscrit dans une actualité politique et sociale avec force et engagement. Elle ne recule devant rien et implique a fortiori le téléspectateur en affirmant que ce monde est celui que nous avons souhaité, si bien que la nécessité – au sens même philosophique du terme – de la machine, ainsi que de samaritain, si elle est discutée, n’est jamais totalement niée, ni même notre responsabilité. En revisitant ainsi sur une si longue durée le thème de l’intelligence artificielle, au croisement de Minority Report et Terminator, la série ne cesse de poser des questions en évacuant tout manichéisme à mesure qu’elle progresse. Chaque « camp » défend un discours cohérent, même s’il faut bien entendu incarner les principes par des personnages charismatiques pour instaurer une opposition dynamique et accrocheuse.

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Person of Interest n’a pas de réponse à nous donner, mais nous sortons de son visionnage avec en tête de nouvelles réflexions de science-fiction toutes plus intéressantes les unes que les autres : en deçà du principe super-héroïque qui lie pouvoir et responsabilité, se pose la question suivante : qui mérite d’être sauvé ? La distribution des numéros selon relevant/non-relevant est après tout glaçante… à quel moment agir ? Qu’est-ce qui fait qu’une IA peut sauver l’humanité ? Doit-elle la sauver ? Sauver l’humanité, qu’est-ce que cela implique exactement ? L’humanité peut-elle être sauvée ? La série brasse ces inquiétudes existentielles propres aux récits d’anticipation avec humilité, sans perdre de vue qu’il lui faut, tout autant, raconter une histoire.

Laisser à l’homme son libre-arbitre, c’est, aussi, lui laisser le choix de mourir : il n’a jamais été question dans la série de simplement jeter là des concepts sans pour autant les interroger, concrètement, à la mesure du regard de chacun des personnages.

« …using the excuse of free will as an excuse for moral attrition ? »

Le principe super-héroïque « le pouvoir implique la responsabilité » est lui-même réapproprié :

« We have free will, and with that comes great responsibility. And sometimes great loss. »

En reprenant les pistes déjà explorées par les grands récits de science-fiction, Person of Interest confirme une position qui, le cynisme du jugement de l’humanité établi, tend vers un élan humaniste qui donnera lieu à l’un des plus beaux et émouvants series finales – en plus d’être un excellent épisode en soi.

Il faut aussi souligner la qualité formelle de la série, notamment de sa photographie époustouflante qui rend honneur au décor new-yorkais. La mise en scène joue sans cesse du hors-champ en travaillant formellement le motif de la caméra, du « big eye« , et adopte d’autres fois la position de caméra : elle fait de nos personnages soit des sujets agissant discrètement dans une ville hyper-surveillée, soit des objets observés comme tous les autres citoyens.

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Ils veillent sur ceux qui sont surveillés

En somme, Person of Interest est une des séries les plus marquantes de ces dernières années : solide narrativement, elle est également pleine d’idées, audacieuse et intense. Elle a su faire évoluer chacun de ses personnages, mais aussi son discours tout en faisant réfléchir le téléspectateur sur l’un des grands enjeux modernes : la surveillance de masse.

 

Braindead, saison 1 : « that’s insane ! »

Braindead.- ©CBS
Braindead.- ©CBS

Laurel Healy fait son entrée dans le monde politique à Washington en intégrant le cabinet de son frère, un sénateur américain. Elle découvre qu’une bonne partie des politiques n’a plus qu’une moitié de cerveau, depuis l’arrivée d’insectes amateurs de chair fraîche en passe de prendre le contrôle du gouvernement, voire du pays… Aidée de Rochelle et Gustav, elle tentera d’empêcher l’invasion.


Braindead est la nouvelle création de Robert et Michelle King, connus pour The Good Wife, une série judiciaire de grande qualité. Diffusée par CBS, Braindead évoque certainement le style des King mais n’aura pas eu le succès escompté à la télévision américaine. Dommage ! Car la première saison de Braindead est originale, piquante et moderne.

 

La série compose avec originalité et crédibilité afin de proposer une satire grinçante du fonctionnement de la politique américaine actuelle. La description du système, des relations entre sénateurs, des relations avec les différentes institutions, de la manipulation des électeurs, ne sont pas trahis par l’enjeu SF ; bien au contraire, les King auront développé le récit de telle sorte que, en conclusion, une moitié de cervelle en moins, rien n’est vraiment différent au cœur de l’actualité politique.

 

C’est bien plutôt l’occasion de pousser à bout l’absurdité de certaines impasses politiques, de la crise au dévoiement du système démocratique, en passant par l’influence de la CIA et le bricolage budgétaire : tout, au fond, n’est qu’une sorte de vaste imposture… Alors, Braindead, série politique ?

 

 Comme The Good Wife, Braindead est difficile à classer : comédie, comédie dramatique, drame, science-fiction… Elle est un peu de tout et c’est précisément ce qui fait son charme. Pourquoi pas une comédie musicale ? Alors n’hésitons pas, faisons du fameux « previously on » un numéro musical ! Filmons une scène de tentative de meurtre comme on filmerait une chorégraphie de Broadway ! Pourquoi pas une romance ? Allons y pour une relation sincère mais compliquée de divergences politiques… Et une comédie absurde et horrifique ? Rien de tel ! Vive les insectes dans les oreilles et les têtes qui explosent !

Sans être hilarante, la série est ainsi un mélange des genres détonnant et finalement, très attachant. Le regret qu’on peut avoir, sans doute, est que les deux sphères évoluent longuement sans être suffisamment connectées. Il manque parfois le petit quelque chose qui assurerait le lien entre les deux groupes de personnages, narrativement, puisque seule Laurel incarne ce pont entre les deux branches. Ce qui faisait la force de The Good Wife, c’était certainement sa capacité à proposer un récit entier et global grâce à l’ensemble de ses personnages forts, ici, le rythme des 42 minutes n’est pas aussi efficace et l’enthousiasme est moindre.

En somme, Braindead n’est pas exempte de quelques défauts, mais elle est dans l’air du temps, cynique et virulente, sans sacrifier tout espoir. Son audace, soit tout en subtilité, soit tout en gros sabots, s’associe à on intelligence et à sa pertinence. À voir !

The Good Wife, saison 7, épisode 1

The Good Wife. ©CBS
The Good Wife. ©CBS

Un premier épisode d’une légèreté enthousiasmante pour le retour de The Good Wife.

C’est une entrée en matière très dense pour la série, qui met en place quelques enjeux de cette saison, du moins ceux qui ne concernent Alicia qu’indirectement : l’opposition Eli/Ruth, le malaise de Cary qui ne trouve plus sa place dans sa firme, entre autres. Dans le premier cas, cela fonctionne très bien comme accroche pour suivre l’intrigue politique de la campagne de Peter, tant le duo d’acteurs est formidable et l’opposition en conséquence prometteuse. La série est fidèle à elle-même et n’a pas oublié qu’elle a fait d’Eli un grand amateur de films d’horreur il y a de ça quelques saisons, au détour d’un dialogue, un détail qui donne lieu ici à une scène amusante et qui prouve comme toujours que la série sait incarner ses personnages.

Pour ce qui est de Cary, il est sans doute aussi question de cohérence après les nombreux bouleversements des saisons précédentes : le personnage qui souhaitait une firme jeune, nouvelle auprès d’Alicia, est revenu à la case départ, à la nuance près qu’il a gravi les échelons. Cette intrigue, sans être follement intéressante, n’en demeure pas moins bien vue. En espérant que ça ne tourne pas en rond ni ne fasse déjà vu. On est visiblement forcé de renoncer à l’ensemble show qu’était The Good Wife à ce stade, il serait bon que la série s’élève à nouveau avec le virtuose dont elle est capable dans ce nouveau cadre, sans passer par le secours de Canning du côté d’Alicia. On préfère presque la complicité amusante de Grace en fait…

L’affaire judiciaire quant à elle est l’occasion de placer un poil d’humour : 8 millions de dollars en jeu et on en est à analyser les trajectoires et les adhésifs de post-its… Le décalage est piquant et l’épisode s’en contentera ; elle propose une résolution qui, si elle ne permettait pas de lier deux storylines et de faire quelque chose d’un personnages secondaire, pourrait sembler un tantinet brutale.

Bref, un premier épisode divertissant et bien calibré, il faudra patienter encore un peu pour avoir un aperçu plus définitif de la direction envisagée par la série cette saison.