Dark, saison 1 : à ne pas manquer !

Affiche de Dark

Première série originale Netflix allemande, Dark (Baran bo Odar, Jantje Friese) est l’excellente surprise de ce mois ! Pour sa première saison composée de 10 épisodes, elle s’avère prenante, solide et ambitieuse.

Si la série prend d’abord l’allure d’un thriller sombre, elle s’en détache progressivement pour devenir une combinaison efficace entre tragique et surnaturel. Dark a l’intelligence de ne pas s’appuyer à outrance sur ses twists, dont la plupart, si vous êtes familiers du sous-genre dans lequel elle s’inscrit, sont relativement prévisibles. Au contraire, la progression de l’intrigue permet au spectateur de se prendre au jeu du « qui est qui » rapidement, et d’apprécier les enjeux même en ayant déjà fait les liens les plus évidents, pour la simple raison que Dark a aussi su développer sa galerie de personnages et la variété des relations et nœuds dramatiques qui la construisent.

La portée tragique est quant à elle entièrement assumée, jusqu’à être citée sur scène par l’un des personnages dans une scène particulièrement émouvante qui révèle l’un des paradoxes bouleversants de la série dans sa caractérisation des personnages : non seulement ils vivent une tragédie grecque, mais ils ont en plus conscience qu’ils vivent une tragédie grecque. On repense au fameux dilemme : si vous pouviez remonter le temps, est-ce que vous tueriez Hitler ? Dilemme déplacé ici dans la sphère intime avec le cas d’Ulrich, en ce qui le concerne, la question est plutôt : si vous pouviez empêcher la « mort » de votre fils en tuant le coupable avant le crime, le feriez-vous ? L’occasion pour la série de proposer la séquence la plus glaçante et terrible de la saison en confrontant Ulrich au complice enfant de la disparition de Mikkel.

Dark Ulrich et Helge

Intéressant également de voir la réaction de chacun pour mieux identifier les rôles qui seront les leurs, Martha, comme on l’a dit, s’effondre littéralement, Ulrich perd la raison, Jonas, lui, après le choc, continue de tenter quelque chose et ce faisant, en acceptant son rôle, il semble le le compléter encore davantage, comme l’illustre la fin avec l’ironie habituelle des intrigues de boucle temporelle.

Le voyage dans le temps… vu et revu dans les films, moins exploré dans les séries, le thème n’en reste pas moins l’un des plus captivants dans ses multiples contraintes. Assez tôt, Dark confirme qu’elle évolue dans le contexte des règles du voyage dans le temps à la Retour vers le futur : influencer le passé a des conséquences sur le présent. En s’accordant malgré tout une certaine marge de manœuvre, elle parvient à dérouler le fil de son intrigue sans perdre sa cohérence, en suivant une progression d’abord essentiellement linéaire. En appliquant finalement les étapes du récit policier, elle ne sort pas vraiment des chemins battus comme d’autres, sur le même thème, ont pu le faire et préfère ainsi suivre l’enquête de Jonas (découverte d’indices, exploration de la scène de crime, au fond, tout y est !).

Les épisodes dans le passé n’interviennent ainsi qu’une fois familiarisés à la petite ville de Winden et à ses habitants, de sorte qu’on s’y retrouve et qu’on s’amuse, nous aussi, à remonter la généalogie de chacun. Si elle semble à première vue classique, voire conventionnelle dans son choix de narration, Dark devient réellement audacieuse quand elle travaille la caractérisation de sa galerie de personnages à travers les différentes époques. Elle n’hésite pas à s’appuyer sur des éléments du passé, découverts après qu’on se soit familiarisés, voire attachés, à certains personnages, pour révéler leur noirceur jusqu’à nous déstabiliser dans notre relation à l’un et à l’autre. Hannah et Ulrich en sont les principales victimes.

Dark Hannah et Ulrich

On peut saluer par ailleurs la sobriété de la série en matière de références, on n’a jamais l’impression d’être assommés de signaux pour confirmer l’époque en question.

Dark penche vers la série fantastique, policière mais aussi… de super-héros. Elle leur emprunte tout du moins leur exigence d’antagonisme et de costumes, avec peut-être moins de réussite cette fois-ci. Le conflit oppose manifestement Jonas et Noah, l’adolescent au parka jaune et l’homme au costume de prêtre, qu’on verra presque toujours dans ces tenues. Maintenant, il semble qu’on en soit qu’au début et que tout reste à venir – et que le conflit opposera avant tout les deux meilleurs amis. Noah est quoi qu’il en soit le villain attitré de la série, manipulateur de Helge, responsable de la mort des enfants sur la chaise… Pour autant, en faisant de lui un personnage presque iconique, la série ne l’a peut-être pas assez incarné, ni justifié et expliqué ses raisons d’agir de façon convaincante. Pour cette raison, comme pour l’ampleur que prend le récit dans la fin de saison, on est avant tout impatients de découvrir la suite.

Dark Jonas

Bref, Dark ne déçoit pas. Entre thriller, drama et surnaturel, elle est exemplaire dans sa construction et révèle toute son ambition dans sa conclusion. Si vous êtes déjà férus de boucles temporelles et de tragédies, vous n’êtes en revanche jamais réellement surpris, mais cela n’empêche pas pour autant d’apprécier la série, suffisamment riche et intéressante pour cela.

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