Gypsy, saison 1 : un thriller psychologique déroutant

Gypsy ©Netflix

Gypsy, nouveauté Netflix avec pour tête d’affiche Naomi Watts, est une série toujours plus déroutante. Sur le papier, déjà, on est entre le projet culotté et le drama vu et revu : d’un côté l’intrigue d’une psychothérapeute qui ne respecte pas les limites de la thérapie, de l’autre celle d’une crise de la quarantaine et du mariage d’un couple bien installé.

Durant dix épisodes, on va ainsi du meilleur au pire, sans nuance, jusqu’à se demander si la série n’a pas simplement refusé de s’assumer dans sa perversité. Parce qu’en définitive, Gypsy s’avère relativement prenante, en jouant de façon répétée des risques que prend Jean à s’incruster ainsi dans la vie de ses patients. Le plaisir, pour elle comme pour le spectateur, tient au fantasme de voyeurisme : c’est pas joli-joli, mais ça fonctionne dans les réels moments de tension. Cette intrigue majeure se déroule de façon linéaire, mais devient encore plus addictive quand on laisse entrevoir une partie du background du personnage. Vous pensiez qu’elle était une bien mauvaise psy, eh bien, elle l’est peut-être depuis plus longtemps encore. Seulement, voilà, on n’en saura très peu ! Résultat, ces éléments semblent juste être balancés pour susciter l’intérêt sans être vraiment utilisés davantage.

C’est à la fois l’élément fort et la grosse faiblesse de la série, qui maintient des zones d’ombre dans sa caractérisation du personnage. On s’éloigne du cliché du personnage féminin en crise pour suivre une manipulatrice finalement complexe, dont on ne sait plus si elle ment ou est sincère. C’est là que Gypsy prend réellement la forme d’un thriller psychologique et cesse d’emprunter les codes faciles et sans intérêt d’un drama conventionnel.

En ce qui concerne la représentation, il est malheureux de constater qu’on subit encore le stéréotype du personnage féminin bisexuel et manipulateur. Maintenant, le fait que les deux personnages correspondent à ce cliché a l’intérêt de nuancer ce portrait et de complexifier leur relation. De même, il est agréable de pouvoir suivre des personnages qui assument la fluidité de leur sexualité. Là encore, on va de pur fantasme (et cette lumière chaude et tamisée ferait presque verser certaines scènes dans le téléfilm érotique) à une relation intéressante dans laquelle, sans cesse, le rapport de force évolue.

L’intégration d’un personnage d’enfant trans est d’ailleurs elle traitée avec suffisamment de finesse, preuve encore que la série en est capable. Mais pendant ce temps, pour les personnages moins exploités à première vue, on ne peut éviter l’ennui… Que dire de l’histoire du mari et de son assistante ? En est-on encore là, vraiment ? Et des mères de famille venues tout droit de Desperate Housewives ?

Et d’une manière générale, quantité de dialogues et surtout de transition manquent leur effet. Apparitions puis disparitions de personnages, enjeux placés puis oubliés dans certaines relations secondaires… Finalement, il est clair que Gypsy a tout misé sur Jean et Sydney.

Je ne serais pas aussi dure que les autres critiques, j’imagine qu’il faut savoir ce qu’on regarde et ne pas s’attendre à autre chose. Gypsy n’est certainement pas subtile, ni révolutionnaire dans sa forme, elle est souvent prévisible et s’appuie sur sa relation principale pour seule dynamique forte du récit. Gypsy n’est pas non plus une série attachante : de tous les personnages, seule Dolly sort réellement du lot. Ils sont tous détestables, et parfois pathétiques et ridicules (les dialogues n’aident pas), au point de livrer quelques scènes qui nous mettent mal à l’aise. Mais voilà, difficile de s’arrêter. Malheureusement, la fin de saison n’est pas satisfaisante tant le finale a surtout des allures d’avant-dernier épisode. Globalement décevante, Gypsy reste malgré tout efficace dans son genre.

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