Person of Interest, digne héritière des grands récits d’anticipation

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Person of Interest est, après 5 saisons, une excellente série d’anticipation. La progression qualitative de la série a été constante et demeure exemplaire d’une construction narrative sérielle réussie : chaque épisode, chaque saison et enfin la série entière forment un tout cohérent dont tous les éléments ont un sens. La preuve la plus évidente en est la réutilisation de personnages forts – mais de second plan – tout au long de la série. C’est d’ailleurs en cela qu’elle parvient à instaurer un univers dans lequel évoluent quantité de pions en arrière-plan. Pourtant, si elle parvient ainsi à mener son récit jusqu’à lui conférer une ampleur exceptionnelle – mondiale et futuriste à la fois – elle mesure aussi avec beaucoup de justesse l’impact de ses enjeux sur l’intimité de ses personnages.

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Car il faut le dire, Person of Interest associe les genres sans jamais nuire à l’harmonie des tons, intrigues et registres. Récit de détective, d’anticipation, de super-héros, polar et drame éthique : la série n’hésite pas à relever le défi en allant jusqu’au bout des implications de tous ses enjeux. L’harmonie tient à la réalisation superbe, à la bande-originale minimaliste mais définitivement signature de la série et, naturellement, à l’efficacité du rythme de chacun des épisodes. Derrière une apparence somme toute assez classique de l’ordre du procedural, Person of Interest a opéré, comme The Good Wife, nombre de variations, déplacements et détournements de sa formule initiale : un numéro à sauver ou arrêter.

Une fois qu’on prend conscience de cela, on reconnaît que Person of Interest est une série solide et bien menée.

Mais elle est bien plus encore. Son enjeu principal – la surveillance de masse et ses implications – s’inscrit dans une actualité politique et sociale avec force et engagement. Elle ne recule devant rien et implique a fortiori le téléspectateur en affirmant que ce monde est celui que nous avons souhaité, si bien que la nécessité – au sens même philosophique du terme – de la machine, ainsi que de samaritain, si elle est discutée, n’est jamais totalement niée, ni même notre responsabilité. En revisitant ainsi sur une si longue durée le thème de l’intelligence artificielle, au croisement de Minority Report et Terminator, la série ne cesse de poser des questions en évacuant tout manichéisme à mesure qu’elle progresse. Chaque « camp » défend un discours cohérent, même s’il faut bien entendu incarner les principes par des personnages charismatiques pour instaurer une opposition dynamique et accrocheuse.

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Person of Interest n’a pas de réponse à nous donner, mais nous sortons de son visionnage avec en tête de nouvelles réflexions de science-fiction toutes plus intéressantes les unes que les autres : en deçà du principe super-héroïque qui lie pouvoir et responsabilité, se pose la question suivante : qui mérite d’être sauvé ? La distribution des numéros selon relevant/non-relevant est après tout glaçante… à quel moment agir ? Qu’est-ce qui fait qu’une IA peut sauver l’humanité ? Doit-elle la sauver ? Sauver l’humanité, qu’est-ce que cela implique exactement ? L’humanité peut-elle être sauvée ? La série brasse ces inquiétudes existentielles propres aux récits d’anticipation avec humilité, sans perdre de vue qu’il lui faut, tout autant, raconter une histoire.

Laisser à l’homme son libre-arbitre, c’est, aussi, lui laisser le choix de mourir : il n’a jamais été question dans la série de simplement jeter là des concepts sans pour autant les interroger, concrètement, à la mesure du regard de chacun des personnages.

« …using the excuse of free will as an excuse for moral attrition ? »

Le principe super-héroïque « le pouvoir implique la responsabilité » est lui-même réapproprié :

« We have free will, and with that comes great responsibility. And sometimes great loss. »

En reprenant les pistes déjà explorées par les grands récits de science-fiction, Person of Interest confirme une position qui, le cynisme du jugement de l’humanité établi, tend vers un élan humaniste qui donnera lieu à l’un des plus beaux et émouvants series finales – en plus d’être un excellent épisode en soi.

Il faut aussi souligner la qualité formelle de la série, notamment de sa photographie époustouflante qui rend honneur au décor new-yorkais. La mise en scène joue sans cesse du hors-champ en travaillant formellement le motif de la caméra, du « big eye« , et adopte d’autres fois la position de caméra : elle fait de nos personnages soit des sujets agissant discrètement dans une ville hyper-surveillée, soit des objets observés comme tous les autres citoyens.

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Ils veillent sur ceux qui sont surveillés

En somme, Person of Interest est une des séries les plus marquantes de ces dernières années : solide narrativement, elle est également pleine d’idées, audacieuse et intense. Elle a su faire évoluer chacun de ses personnages, mais aussi son discours tout en faisant réfléchir le téléspectateur sur l’un des grands enjeux modernes : la surveillance de masse.

 

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